
Le couple franco allemand s'achemine désormais vers un consensus entre le keynésianisme français et le monétarisme libéral allemand. Nous devrions assister à une monétisation des obligations des pays en difficulté en échange d'un contrôle strict des budgets nationaux par l'Europe via un droit de veto et d'un contrôle des banques européennes par la BCE. Ce modèle devrait être très efficace et répond parfaitement au pragmatisme allemand. Je disais il y a un an que l'euro serait à terme une monnaie plus forte que le dollar sous la tutelle de l'Allemagne. Je continue à le croire car les américains, contrairement aux allemands, ne se sont jamais préoccupés de la valeur de leur dollar et ont toujours utilisé leur monnaie comme une variable d'ajustement économique. Pour les allemands, une monnaie forte est un symbole de puissance, de saine gestion et, dans ce pays industriel exportateur, le gage de prix bas pour l'achat des matières premières. Dans le contexte des futures pénuries de ressources, cette approche pourrait bien être la meilleure.
Il est évident que le contrôle budgétaire strict des pays de la zone euro, même s'il est récessif, est le meilleur moyen d'asseoir la crédibilité de l'euro. Mais l'Allemagne doit accepter la monétisation des obligations des pays actuellement rejetés par les marchés et s'accommoder, comme en 2011, d'une cible d'inflation officielle supérieure à 2 % pendant un temps, cela permet de diluer la dette et de rassurer les investisseurs sur la solvabilité de cette dette puisque la BCE joue le rôle de prêteur en dernier ressort. La monétisation est vécue par les acheteurs obligataires comme une restructuration douce, étalée dans le temps et à minima, qui garantit le paiement du principal. C'est pour moi le meilleur moyen de sortir de la crise.
Les européens auraient tout à perdre dans une disparition de l'euro car elle impliquerait une faillite des pays du sud. En effet qui accepterait de les financer alors qu'ils ont déjà des problèmes de solvabilité au sein de l'Eurozone malgré tous les dispositifs de sauvetage ? L'Allemagne qui souffre elle aussi de la récession coulerait nécessairement avec l'ensemble du navire européen car la plus grande partie de ses échanges commerciaux se fait sur notre continent et sa consommation intérieure n'est pas des plus brillantes. Enfin, le chancelier qui déciderait la fin de l'euro porterait la lourde responsabilité de la disparition de l'Europe et serait comptable aux yeux de l'histoire d'une faute géopolitique majeure dans un monde où seuls pèsent les grands blocs continentaux. Je n'y crois pas une seconde.
Jean Christophe Bataille.
http://futures.over-blog.com/