Et comme d’habitude, la magie de l’éloignement politique joue à plein : dès lors qu’un homme politique n’est plus au pouvoir, les lunettes en peaux de saucisson qu’il avait chaussées semblent tomber et une timide lucidité s’installe à nouveau. En quelques réponses aux questions sur l’état général du pays et la loi Macron, le président de l’UMP rappelle quelques évidences que les libéraux, bien seuls depuis des années, s’évertuent à faire comprendre tant aux affidés de la droite qu’aux sbires de la gauche.
Par exemple, oui, il n’y a pas de réductions d’impôts dans la loi Macron. Non, le bricolage sur les dimanches ouvrés ne sera pas suffisant pour relancer autre chose que des polémiques stériles, et sera même probablement indolore puisqu’inappliqué. Et lorsque Sarkozy explique que le gouvernement s’emploie à libéraliser les lignes d’autocar pendant que les chefs d’entreprises réclament des baisses de charges, il ne fait finalement que redire ce qui fut dit, maintes fois, dans ces colonnes et ailleurs.
Une fois ces constats posés, le petit Nicolas est chaud-boulette pour, enfin, expliquer

Mais ce qui caractérise le plus ces propositions, c’est qu’elles ressemblent à s’y méprendre à ces promesses qu’on avait entendues pendant la campagne électorale de 2007 qui l’avait amenée au pouvoir. La suite, on la connaît : ces belles promesses furent rapidement noyées dans l’absence totale de courage et une incompréhensible ouverture mièvre qui avaient rapidement carbonisé toute possibilité de lancer des réformes importantes dans les trois ou quatre mois qui suivirent l’élection.
Dans ce contexte, la dose de libéralisme qu’il a introduite dans ses propositions serait intéressante … si l’on avait pas déjà une idée précise de ce que le personnage peut effectivement fournir sous la pression. À ce titre, il cite les mésaventures de Tsipras qui a du salement composer avec la réalité et revenir sur ses promesses, sans se rendre bien compte qu’il a suivi exactement le même chemin il y a sept ans. Si l’on y rajoute quelques maladresses (« Un mauvais patron peu payé fait davantage de dégâts qu’un bon patron bien rémunéré ! » – les bons patrons, ils font aussi des dégâts, mais moins. Ce sont de bons patrons, hein !) et sa petite tirade politico-politicienne visant à mettre le FN et le PS dans le même sac – et qui a fait mouche, semble-t-il – on retrouve bien les mêmes ficelles qui permirent à l’homme de se retrouver dans le fauteuil présidentiel en 2007.

D’un autre côté, Alain Juppé ne fait guère mieux. Il est maintenant si désespérément à gauche qu’on se demande de plus en plus quand il va faire son coming out socialiste, histoire de remettre un peu d’ordre dans le paysage politique français qui n’est plus qu’un vaste camaïeux de rouges et des roses. À ce titre, on comprend qu’il soit devenula coqueluche de toute la presse et des sympathisants socialistes, tant ses idées niaiseuses se mélangeraient fort bien avec celles du futur candidat socialiste officiel, original que les Français ont bien des chances de préférer à cette copie douteuse au passé transformiste qui aura montré qu’on peut parfaitement être droit dans ses bottes en conservant son pantalon sur les chevilles tout en retournant sa veste.

Dès lors, une seule question surnage au-dessus de cette soupe tiède aux grumeaux peu appétissants : si on a maintenant une assez bonne idée du minimum qu’il faudrait faire et des réformes de base à lancer, qui pourrait, même vaguement, incarner un candidat assez solide pour les mettre en œuvre ?
Je n’en vois aucun.
Quelque part, c’est normal : la droite agonise dans les souffrances logiques d’un être rongé par la schizophrénie, la corruption, les querelles internes, la disparition du cerveau et l’ablation de la colonne vertébrale. Mais d’un autre côté, il faut bien comprendre qu’à gauche, c’est le même constat. Or, l’absence de quoi que ce soit qui puisse ressembler à un leader à droite ne profite guère à cette gauche éparpillée, et l’absence de tout dirigeant crédible à gauche ne semble pas profiter non plus à la droite. Bilan : le FN, éternelle voiture-balai de la politique française, est quasiment obligé de faire un score mémorable.
En définitive, ce pays est foutu.