Et déjà, les premières copies ont été dépouillées (mais pas autant que le contribuable français, hein, sachons raison garder). À leur lecture, une conclusion s’impose : le futur n’est plus ce qu’il était : il y a quelques temps, ce genre d’exercice de prospective aboutissait généralement à une cargaison de voitures qui volent, de la télé-transportation et des fusées technospatiales qui voguent d’une planète à l’autre. Et en terme de politiques, on avait droit, jadis, à un monde un peu utopique (ou dystopique, selon le point de vue) où les problèmes sont tous résolus, notamment par l’application soignée et obstinée d’un collectivisme joyeux et bien compris.

Soyons honnête : se lancer dans une étude prospective à 12 ans, ce n’est pas simple. Se lancer dans une étude prospective à 12 ans, alors que la 5ème République est en train de vivre l’une des crises, si ce n’est pas LA crise la plus importante de son histoire, cela relève évidemment d’un exploit si l’on parvient à quelque chose qui se réalise effectivement. Et se lancer dans un tel exercice alors qu’on a, tous les jours, prouvé qu’on est parfaitement à côté de la plaque, c’est un exercice voué à l’échec.


La France a su être au rendez-vous du prototypage rapide, de la convergence des réseaux sociaux, de ľhyperconnexion des entreprises, des interfaces homme-machine, de la robotique, de la réalité augmentée, du numérique (bigdata, cloud…), du cobo-management, de l’impression 3D, de l’intelligence artificielle et du design.Ah oui, presque tout y est. Il manque probablement une ou deux autres technologies hype & fashion de 2013, mais on a fait le tour et on peut cocher toutes les cases du bullshit-bingo. Merci, Arnaud, beau boulot.

Tout le monde a bien vu que le résultat, dégoulinant d’optimisme, nous offre une avalanche de bisous républicains bien humides. Tout le monde a bien compris que si 2025 avait été choisi (et pas, par exemple 2017 ou 2022), c’est essentiellement parce que dans 12 ans, aucun des charlots qui proposent ces affabulations ne sera plus au pouvoir, depuis longtemps. Partant, les journalistes ne trouvent guère de crédibilité à l’exercice ni au résultat fourni.
Et on peut se demander, devant une crédibilité si faible, pourquoi un tel exercice aura été mené en premier lieu. En réalité, on se doute qu’il s’agit d’une opération de communication qui vise, probablement, à rassurer les marchés en leur montrant que nos dirigeants ont une vision d’avenir. Le souci, ici, est que cette vision est si éloignée de toute réalité tangible, nécessite de tels efforts d’ajustement intellectuel, et, pragmatiquement, de telles réformes pour le pays qu’on sait pertinemment qu’il ne pourra rien se passer tel que décrit. L’analyse des ministres, joyeusement hémiplégique, déclenche une avalanche de bisous qui ne parvient pas à camoufler l’absence totale de capacité de nos dirigeants à se projeter au-delà du mois prochain.

Allons. À d’autres. Mais le plus gênant, c’est que s’ils n’arrivent même pas à embobiner les journalistes, ils ne pourront espérer attendrir le reste du monde et les marchés.
La rentrée promet d’être agitée.