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Jean Christophe Bataille

Jean Christophe Bataille

Je suis le chroniqueur économique et financier : http://futures-trading.fr/

Mes faits d'armes : avoir conseillé d'investir largement sur le marché boursier en mars 2009 alors que le CAC 40 était à 2500 et avoir prévu le délitement actuel des monnaies.

J'anticipe une sortie de la crise actuelle par la stagflation."

Prix de l’or, état des lieux

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Après avoir atteint 1921 $ l’once en 2011, l’or en dollars n’a cessé de chuter. Avant d’essayer de comprendre pourquoi l’or baisse, il faut savoir pourquoi il a monté.

L’or a commencé à s’apprécier en 2003 après la crise des dot.com, alors qu’Alan Greenspan ouvrait grandes les vannes du crédit malgré une reprise économique qui aurait dû motiver une hausse des taux plus précoce. Le prix de l’or s’est ensuite beaucoup élevé parce que la Banque Centrale Américaine a décidé en 2008 2009, d’élargir son bilan de façon considérable pour contrer les forces déflationnistes du deleveraging américain après la crise des subprimes. Lors du QE3, les achats d’obligations du Trésor et de créances hypothécaires titrisées ont atteint 85 milliards de dollars par mois. De façon quasi mécanique, l’or, qui est un étalon monétaire, s’est apprécié en valeur faciale pour signifier que le dollar n’avait plus sa valeur antérieure, puisque pour payer le même nombre de biens et de services, beaucoup plus de dollars était à disposition. Il s’agit donc d’un phénomène de dilution et d’inflation monétaire.

Le métal jaune a commencé à baisser en dollars lorsque le marché a compris que le Quantitative Easing américain allait cesser un jour et que les fondamentaux économiques des USA s’étaient améliorés. Sa chute s’est poursuivie car la FED a finalement réussi son pari monétaire et a redressé l’Amérique. Les promesses de stérilisation des conséquences inflationnistes du Quantitative Easing et de réajustement du bilan de la FED à l’échéance de quelques années ont fait le reste. A l’issue d’un plongeon de 700 $, l’or semble chercher sa voie depuis juin 2014 et hésite entre nord et sud. Le prix de l’once est en effet aujourd’hui un peu au dessus de celui du 1er juin 2014.

Les raisons de cette consolidation sont multiples. Tout d’abord, les prix de production ne sont pas compressibles et certaines mines moins rentables vont être obligées de fermer, réduisant mécaniquement l’offre d’or. Ensuite parce que les Etats-Unis n’ont toujours pas resserré l’offre de crédit et laissent leurs taux courts inchangés. Il s’agit pour moi d’un signal clair des faucons du marché, favorables à une hausse des taux courts afin d’éviter de répéter les errements de la politique monétaire d’Alan Greenspan. Par ailleurs, les ajustements nécessaires au désendettement en Europe et au Japon vont faire monter l’or en Euro et en Yen. C’est tout l’intérêt pour les européens de détenir de l’or physique. Enfin, comme toujours en bourse, les vendeurs ont tous vendu et il n’y a plus de vendeurs pour alimenter la baisse. Il s’agit donc d’un marché survendu.

Inversement, un certain nombre de vecteurs alimentent encore la baisse de l’or. Tout d’abord, la force de l’économie américaine et les perspectives de hausse des taux qui vont redonner du rendement à la monnaie. Ensuite, l’équilibre bilantiel de la FED qui s’est normalisé car si l’Europe lance un Quantitative Easing, les Etats-Unis n’auront nullement besoin d’un QE4. Enfin, les demandes d’or industriel ou de bijouterie qui sont à la baisse dans bon nombre de pays gros consommateurs, du fait de la crise économique qui règne hors Amérique et hors Angleterre. Ces forces persisteront donc tant que le dollar index grimpera et tant que l’économie mondiale hors USA ne sera pas à nouveau en forte croissance.

L’équilibre des différents drivers de l’or se situe donc probablement vers une évolution beaucoup plus capricieuse, mais susceptible de privilégier encore la baisse tant que le dollar poursuivra sa course.

A plus long terme, c’est une autre histoire. Les besoins en or physique vont grimper et son prix montera. De nombreuses petites mines auront cessé leur activité. L’argent injecté dans les circuits économiques va circuler beaucoup plus vite avec l’augmentation de la vélocité de la monnaie, et les processus de stérilisation prévus par la FED vont se heurter au risque de rechute économique. Le pilotage devra être très fin, sinon tout dérapage des prix se traduira alors par une accélération de la hausse du métal jaune aujourd’hui survendu. Pour anticiper ces phénomènes en trading, il faudra devenir long sur l’or dès que le dollar index deviendra baissier en base mensuelle.

Bonne semaine !
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