Et c’est qu’elle les aime, ses petites pastilles, au point d’en avoir multiplié les parfums et les usages. C’est ainsi que dès le 1er janvier 2016, on va pouvoir arborer l’une des six vignettes de couleur et numérotées de 1 à 6 sur le pare-brise de sa voiture qui brûle du pétrole, ou pouvoir se la péter avec un macaron gris, sans numéro, lorsqu’on a le privilège de rouler en voiture qui brûle des subventions. Concrètement, cela donnera ce qu’on peut voir ci-dessous.
Le hic, bien sûr, c’est que Ségolène est une politicienne qui sait pertinemment que la réintroduction d’une nouvelle vignette risque de laisser un goût amer dans la gorge de tous ceux qui croyaient être enfin débarrassés de ces encombrants autocollants sur leur pare-brise. Elle a donc immédiatement précisé que, pour éviter toute méchante stigmatisation du conducteur qui n’est plus dans l’air du temps, les pastilles seront apposées sur une base volontaire. Pastille facultative, donc, mais certainement pas gratuite puisqu’elle sera facturée 5 euros six mois après le lancement de la mesurette. J’ai comme une idée que les pastilles les plus sombres ne trouveront guère preneur, même sur eBay.
L’autre hic, plus drôle encore, est que la propreté supposée d’un véhicule dépendant de son âge, ce sont encore une fois les conducteurs les plus modestes, qui ont des véhicules qui commencent à dater un peu, qui se retrouveront mécaniquement désavantagés par la mesure. L’hypocrisie du dispositif apparaît en outre dans toute sa splendeur lorsqu’on note qu’il n’y a finalement aucun rapport entre les catégories de pastilles du ministère de l’Écologie et celles des malus écologiques tabassant certains véhicules, mis en place par le ministère de l’Écologie. Le choc sera grand quand les deux services responsables de ces deux systèmes vont se croiser dans les couloirs du ministère pour en discuter et se rendre compte qu’ils travaillent tous au même endroit.
Ce n’est, du reste, guère étonnant : la France présente le profil d’un marché automobile de pays pauvre, où les petites voitures d’entrées de gamme sont les plus nombreuses.
Étonnamment, pendant que certains pays sortent du tiers-monde, la France, apparemment blasée de sa richesse, fait le trajet inverse… Et les agitations spasmodiques de ses gouvernants n’y sont pas pour rien. La multiplication des normes idiotes, des pastilles débiles et autres éco-labels survitaminés et si puissamment invasifs ajoutent des millions de grains de sable dans les rouages d’une économie qui tournait déjà au ralenti. Parce qu’en plus, une fois que tout le monde aura collé niaisement des petits stickers colorés sur le pare-brise de sa voiture pour indiquer avoir correctement choisi la Voiture Bisou Compatible désignée officiellement par le gouvernement, il faudra se pencher sur les motos, les camions, puis, rapidement, sur les transports en commun (ce qui promet quelques bons moments de LOL), et enfin, tous ces méchants équipements ménagers qui, eux aussi, méritent amplement d’être pastillés.
Bien sûr, cela existe déjà pour les machines à laver, mais ce n’est pas une raison pour s’arrêter là ! Haut les cœurs, on doit facilement pouvoir englober des douzaines d’autres appareils dans ces mesures pastillantes pour les rendre enfin officiellement éco-gentils sous peine d’être interdits ! Il faut en finir avec le terrorisme écologique des smartphones qui polluent, des ordinateurs pas assez éco-conscients, des télévisions bio-incompatibles, des tablettes qui sont à E sur l’échelle de consommation (oh, les vilaines !) et pourquoi pas, les connexions internet qui s’empiffrent de kilowatts fossiles !
C’est décidé, pastillons à tour de bras ! Les voitures ne sont qu’une étape et dans quelques mois, quelques années tout au plus, la gommette pas stigmatisante mais bien qualifiante étendra son règne sur la création humaine !
Youpi ?