Mais parfaitement crétin ne veut pas dire impossible et le bouillonnant député européen Mélenchon aura relevé le défi, justement, d’amalgamer la fronde bretonne avec une espèce de ronchonnement patronal mal dégrossi. Et alors qu’une manifestation (qui allait tourner au grabuge) s’organisait à Quimper, le petit Jean-Luc, jamais en retard d’un coup médiatique aussi minable fut-il, se sera empressé de commenter les événements passés qui auront conduit certains agriculteurs et transporteurs bretons à attaquer des forces de l’ordre et déboulonner l’un des portiques Ecotaxe qui enlaidissent les routes bretonnes.
Avec la finesse qui le caractérise, le député aura ainsi expliqué :
« Encouragé par la timidité et la pleutrerie du gouvernement qui leur cède tout, le patronat et les cléricaux des départements bretons vont faire manifester les nigauds pour défendre leur droit de transporter à bas coût des cochons d’un bout à l’autre de l’Europe dans des conditions honteuses. À Quimper manifestent ceux qui veulent que continue la souillure de notre belle Bretagne par les nitrates de l’agriculture productiviste. A Quimper manifestent ceux qui veulent les salaires de misère pour les agriculteurs et le règne de la grande distribution. A Quimper les esclaves manifesteront pour les droits de leurs maîtres. »

Ce qui est plus surprenant, c’est le manque de flair évident du pauvre député. En s’inscrivant aussi ouvertement contre des gens du peuple, le pauvre Jean-Luc faisait un pari risqué : que la manifestation de Quimper ne soit que très peu suivie, et que n’y soient présent qu’une certaine catégorie du peuple breton, celle qu’il vomit si facilement. Et pire encore, il avait fait le pari inverse que sa propre présence à Carhaix, au milieu d’une poignée de syndicalistes CGT, lui permettrait de prendre la main médiatique.
La réalité lui aura donné tort sur toute la ligne puisque les dizaines de milliers de manifestants à Quimper ont clairement montré qu’ils n’étaient pas franchement d’accord pour se faire embobiner par les syndicats et que les raisons de la colère n’ont qu’assez peu à voir avec la fine analyse politique dont le député européen en déroute intellectuelle nous aura gratifiée. Il ressort en effet que c’est avant tout le ras-le-bol fiscal, celui-là même qui faisait craindre le pire aux préfets il y a quelques semaines, qui a cristallisé les Bretons à Quimper ce samedi ; l’écotaxe n’est, finalement, que la partie émergée de ce monstrueux iceberg de trop-plein fiscal qui les a fait sortir de leurs gonds.


« On peut faire tout ce que l’on veut en Bretagne, il y a l’intelligence et les moyens, et tout cela est perverti par une espèce de jacquerie qui n’a pas de sens politique. »Eh oui : pour les communistes, les socialistes et les individus complètement perdus au dogme du Tout État, cette « jacquerie » n’a pas de « sens politique » ; on reconnaît là le fin manipulateur de dialectique qui casse des briques, mais on voit aussi à quel point le pauvret s’est perdu dans ses concepts poussiéreux d’un autre siècle : pour lui, pas de doute, si on se révolte contre l’impôt évidemment citoyen, forcément festif et logiquement équilibré, c’est qu’on est un ennemi du peuple. Sur le plan tactique, je ne suis pas sûr, cependant, qu’insulter ces Bretons et le peuple en général lui permette de récolter beaucoup de voix pour son parti folklorique de néocommunistes…

Il n’en reste pas moins que pendant que les Bonnets Rouges rassemblaient de 10.000 à 30.000 personnes à Quimper pour protester contre l’oppression fiscale que subit actuellement le pays, Mélenchon peinait à rassembler deux douzaines de syndicalistes à Carhaix. Cette asymétrie en dit long pour celui qui prétend représenter les voix du peuple de gauche…
Et elle en dit long sur le besoin impératif du pays à se réformer en profondeur, en abandonnant enfin ce dogme destructeur de l’État-providence, qui, à défaut de jamais vraiment fonctionner correctement, assure immanquablement des ponctions fiscales toujours plus grandes. La demande qui point ici dans les mouvements des Bonnets Rouges, ainsi que dans ceux des Tondus ou de tous les autres révoltés est une demande simple : la fiscalité du pays doit être grandement réduite.
Et pour ce faire, il n’y aura qu’une seule issue : diminuer la dépense publique, et diminuer la taille de l’État. Il est plus que temps.