

Mais voilà, l’humain est ainsi fait qu’on est plus facilement optimiste lorsqu’on est pauvre et que la situation s’améliore, que lorsqu’on est riche et qu’elle se détériore, ce qui, par définition, revient à une quasi-tautologie. Et concernant les Français, difficile de ne pas leur donner raison lorsqu’on constate qu’en plus de leur penchant naturel à pousser la ronchonnade assez facilement, un nombre croissant d’éléments vient renforcer leurs raisons de s’apitoyer sur leur sort.
Pour des raisons évidentes de place et éviter une nouvelle vague de suicide parmi mes lecteurs, je passerai rapidement sur la tendance actuelle des impôts et autres vexations fiscales à augmenter, qui ne s’est pas démentie depuis les 8 ou 10 dernières années. C’est une véritable averse, n’y revenons plus.
À ceci s’ajoutent donc des perspectives économiques sombres, avec une croissance maintenant solide … du nombre des faillites d’entreprises. Et dans ces entreprises, ce sont surtout les micro-entreprises (avec près de 9 cas sur 10) qui calanchent, c’est-à-dire pour la plupart des cas les tentatives de monter des sociétés de la part d’individus qui ont peu de solutions alternatives à explorer, hormis le chômage. C’est d’ailleurs confirmé par la baisse continue de l’emploi à domicile, qui montre autant une réduction de la demande d’emploi que de l’offre côté employeurs, et un accroissement difficilement quantifiable mais inévitable du travail au noir. On comprend que, sur la masse, ces échecs et ces faillites nourrissent, Français par Français, le ressentiment et ce fameux pessimisme qui nous met en si bonne place dans les classements mondiaux des défaitistes.

On pourrait par exemple partir de ce récent article de Capital, mais il en existe d’autres, du même acabit, pointant tous dans la même direction : il existe en France un réservoir peu soupçonné d’entreprises innovantes, qui fonctionnent suffisamment bien pour à la fois grossir, faire des bénéfices et disposer de perspectives d’avenir encourageantes. Et il y a mieux : ces entreprises exportent, essaiment, font des filiales et se développent à l’étranger.
Bien évidemment, les pessimistes me feront remarquer, à raison, que toutes ces entreprises, aussi vaillantes soient-elles, ne peuvent pas, très clairement, absorber les 5 millions de chômeurs et assimilés en France. Pire : leur nombre et leur développement, aussi bon soient-ils, n’arrivent pas à entamer la tendance globale de l’économie française qui détruit actuellement beaucoup plus d’emplois qu’elle n’en crée.
Certes.
Cependant, ces entreprises fructueuses montrent une chose particulièrement saillante, justement par le contraste avec la myriade qui se plantent tous les jours : elles ont réussi malgré le contexte français. Ces entreprises, peu connues, de tailles modestes, exportent, grossissent, font des bénéfices en dépit de l’action de l’État, malgré les obstacles administratifs jetés dans leurs roues de façon incessante, elles embauchent nonobstant le pilonnage permanent des députés avec leurs lois idiotes, des politiciens avec leurs saillies consternantes, des administrations avec leurs méthodes ubuesques.
Eh oui : malgré la guerre ouverte, permanente et globale de l’État, des administrations et d’une partie des Français contre les entreprises, certaines parviennent à s’en sortir très bien.
Oh, bien sûr, certaines doivent évidemment leur succès à la connivence avec l’État, les politiciens et les bonnes personnes bien placées. C’est certain. Mais statistiquement, cela ne peut pas constituer la totalité de ces succès. Aussi incroyable que cela puisse paraître, une partie non négligeable de ces entreprises arrive donc à se développer dans le pire des terreaux des pays développés, au milieu à la fois d’une administration délirante, d’une paperasserie, d’une bureaucratie devenues folles et d’un pessimisme en béton armé.
En réalité, ces entreprises qui réussissent dans un contexte aussi défavorable sont des pierres précieuses perdues dans un gros, un immense tas de fumier administratif putride. Sur n’importe quel autre marché, dans n’importe quel autre pays développé, ces entreprises, libérées des entraves invraisemblables qui leur sont dressées tous les jours, formeraient le fer de lance d’une industrie qui serait reconnue du monde entier.
Imaginez un instant ces mêmes entreprises, ces mêmes patrons, ces mêmes salariés dans un environnement sain, débarrassé des politiciens imbéciles, collectivistes ou seulement ignares en économie, dégarni des administrations folles et des lois étouffantes. Imaginez la France, exactement celle que vous connaissez actuellement, mais sans ces boulets navrants que nous nous sommes tous mis en laissant le pouvoir à ces fous communistes, ces intégristes de la redistribution, ces abrutis de la dépense publique, ces fanatiques du déséquilibre budgétaire, ces extrémistes de l’étatisme tout azimut et leur cortège minable d’économistes hydrocéphales.

Qui peut affirmer que le pays s’en porterait plus mal ? Qui peut affirmer que tout irait de mal en pis ?
Mais surtout, qui peut affirmer, lorsqu’il entend les discours des politiciens actuels, que le souhait de ces hommes et de ces femmes n’est pas, justement, de préserver à tout prix un modèle français qui a conduit précisément à l’état dans lequel nous nous trouvons ? Quel politicien actuel, audible et crédible, peut prétendre sauver le pays, lui redonner le lustre qui fut jadis le sien, si, dans le même temps, il entend préserver ce qui fait de lui cet immense échec collectif, en croyant, en plus, pouvoir le rendre viable ?
Le pessimiste verra bien ces encombrants politiciens. Quant à l’optimiste, il rappellera qu’on doit pouvoir s’en passer.