Cette molécule, ET-D5, est le sujet de recherche d’Aurélie Juhem, l’une des fondatrices d’Ecrins Therapeutics, sur laquelle elle travaille depuis maintenant sept ans et qui a la particularité de bloquer la division cellulaire (mitose) des cellules cancéreuse (ce qui stoppe la croissance de tumeurs) et d’également détruire les vaisseaux sanguins qui les alimentent, ce qui provoque leur mort. Voilà qui est prometteur, mais mieux encore, les tests sur animaux ont montré que la molécule est compatible avec les chimiothérapies habituelles, et peut même être administrée par voie orale.

J’ai trouvé cette aventure intéressante à plus d’un titre. Quoi qu’on puisse penser de la solution proposée (ce n’est en fait pas l’objet du billet), et même si je ne peux évidemment que souhaiter le maximum de succès aux chercheurs dans leur entreprise, il m’a semblé nécessaire d’insister sur l’aspect relativement novateur du passage par le crowdfunding pour la recherche pharmaceutique. Ce n’est probablement pas le premier cas de recherche médicamenteuse qui se financera de la sorte, mais force est de constater que le nombre d’exemples précédent est ténu ; en gros, la tendance au financement participatif dans ce genre de domaine, à la fois très pointu et extrêmement gourmand en fonds, ne date guère de plus de deux ans, et le nombre de projets financés qui peuvent montrer des résultats est donc en conséquence très faible.
Car s’il est bien un domaine particulier au crowd funding, c’est bien celui-ci. D’un côté, les besoins de financement sont énormes. Entre la paperasserie gigantesque, les essais cliniques extrêmement coûteux, les matériels et personnels rarement bon marchés, les phases de recherches généralement étendues sur plusieurs années (et se comptant parfois en décennies), tout est rassemblé avant d’avoir un produit commercialisable pour que la facture finale soit potentiellement monstrueuse. De l’autre côté, les débouchés d’un médicament éventuel sont très importants. Qu’il s’agisse des cancers ou des maladies cardio-vasculaires, le nombre de personnes susceptibles d’avoir recours au produit est effectivement très grand, et les moyens financiers de ces populations sont, là encore, particulièrement vastes (rien que pour la France, les montants gérés par la Sécurité Sociale donnent tout de suite une excellente idée des forces financières en jeu ici).

Et de façon générale, on peut raisonnablement penser que l’introduction d’une nouvelle concurrence dans ce domaine apportera un renouvellement des stratégies scientifiques, politiques et commerciales des différents acteurs dont beaucoup se sont surtout concentrés, ces dernières décennies, à utiliser le levier du lobbying afin de protéger leur pré carré plutôt que celui de la recherche pour l’accroître. On ne peut s’empêcher de penser que si une partie des réglementations légales entourant les essais thérapeutiques est indispensable pour éviter les évidentes dérives éthiques ou limiter les risques d’une mise sur le marché d’un médicament délétère, une autre partie n’agit qu’en corset légal étouffant et bien trop serré, dont le but inavoué a surtout été d’empêcher de nouveaux entrants dans un domaine où les profits sont pourtant extrêmement motivants.

En tout cas, je ne peux, de mon côté, que saluer la bonne idée de cette start-up, et leur souhaiter un succès rapide, tant dans leur levée de fonds que dans leurs résultats cliniques.