Comme je sais que certains ne se payent pas de mots et veulent des chiffres, des statistiques, des tableaux volumineux, je signale que l’intégralité du rapport se trouve ici et les fichiers de données, sous ce lien-là.
Comme l’indique clairement l’Institut Fraser, l’indice de Liberté Économique qu’il publie mesure à quel point les politiques mises en place par les institutions d’un pays permettent de soutenir la liberté économique, définie par la possibilité de faire des choix individuels, d’échanger sans contraintes, la possibilité d’entrer sur un marché et d’y commercer sans entraves, et la sécurité des personnes et des propriétés privées. L’indice est construit à l’aide d’une batterie de plus d’une quarantaine de points précis et permet de mesurer cinq grandes caractéristiques économiques d’un pays : la taille de son gouvernement (dépenses, impôts), la liberté et la sécurité offerte par la structure légale en place, l’accès aux capitaux, la possibilité de commercer à l’extérieur des frontières, et enfin la régulation du crédit, du travail et du monde des affaires.
On le comprend : l’indice n’est pas un rapide bricolage de quelques valeurs jetées au hasard, mais bien le résultat d’une étude sérieuse de paramètres économiques pertinents. Cela donne une bonne solidité aux conclusions que cet indice permet de brosser.
Et parlant de conclusions, quelques unes fort éclairantes se trouvent dans les premières pages du rapport.
De façon générale, et sans grande surprise, on peut affirmer qu’il vaut mieux être pauvre dans les pays où l’indice est plus élevé qu’ailleurs. En pratique, le revenu par habitant est semble-t-il assez directement corrélé, et de façon apparemment exponentielle, avec l’indice de liberté économique : plus un pays est libre économiquement, plus le premier décile (les 10% les plus pauvres) accèdent facilement à des biens et services, et plus ses revenus sont élevés.
Enfin, pour terminer la série des petits tableaux colorés, on ne peut passer sous silence la corrélation évidente entre l’indice de liberté économique et l’espérance de vie : plus un pays est libre économiquement, plus il est libre politiquement (ou l’inverse), mais en tout cas, plus l’espérance de vie de ses habitants est grande.
Dans tous ces chiffres, il serait dommage de ne pas observer la situation particulière de la France. Peut-être certains lecteurs (moins habitués au ton général de ces colonnes) seront surpris de la trouver dans le second quartile. Oui, oui, vous avez bien lu : pas le premier, mais bien le second. Apparemment, la patrie des Droits de l’Homme, ce phare qui doit illuminer le monde de sa sagesse et qui récolte 7.12 points n’est pas franchement dans le haut du tableau. Elle se fait damer le pion par (notamment) l’Uruguay (7.18) , la Hongrie (oui, oui, et sans mal, même, à 7.25), le Pérou (7.34),le Rwanda (7.43) ou le Chili (7.77).
La déception continue si l’on observe la tendance générale pour le pays : la France baisse. Pour rappel, les chiffres sont ceux calculés sur les indicateurs de 2013, ce qui signifie donc qu’on peut s’attendre à ce que ça baisse encore en 2014 et 2015. Voilà qui est vraiment réjouissant, non ?
Le message est clair : à mesure qu’on diminue la liberté d’entreprendre et qu’on met tous les jours un peu plus de bâtons dans les roues de ceux qui veulent, simplement, commercer et développer une activité, à mesure qu’on sabote doucement la liberté économique du pays au prétexte d’augmenter l’égalité de traitement et d’accès aux richesses des individus, on diminue aussi la liberté tout court, la richesse du pays, des individus, et, incidemment, leur espérance de vie. Pire : on finit par ne plus pouvoir garder chez soi ceux qui fournissent la plus grande productivité, ou les plus innovants. Et on n’arrive plus à attirer ceux qui, à l’extérieur, ont un potentiel créatif, intellectuel ou artistique.
Il est donc plutôt effrayant de constater que les Français réclament plus d’État, et par corrélation moins de liberté économique…