
Décidément, nos politiciens sont vraiment remplaçables au pied levé, ce qui donne au passage une assez juste idée de leur valeur ajoutée dans un gouvernement.
Mais bon, comme on parle d’un ministère dont le budget (7,26 milliards d’euros en 2014) est très comparable à celui de la Justice (7,82 milliards d’euros pour 2014), écoutons plus attentivement ce que Fleur nous dit, pendant que les autres ministres, empêtrés dans une communication incompréhensible, vont de pirouettes en renoncements ou se font virer pour impayés fiscaux. Et ça tombe bien, puisqu’elle a pris la parole dans le cadre d’un entretien sur Radio-France où, interrogée par le journaliste sur la (terrible) baisse de budget subie par son ministère, elle a clairement expliqué vouloir se battre pour le conserver au niveau qu’il atteint actuellement.
Et ce budget risque bien de poser des petits soucis. En effet, l’inflation refuse méchamment de gonfler. Ceci entraîne chez Sapin la production nerveuse de grosses gouttes de résine lorsqu’il s’agit d’établir les prévisions de croissance et d’économies, et, mécaniquement, va provoquer un manque à gagner dans les caisses audio-visuelles, abondées notamment par une redevance dont l’assiette et la quotité n’augmentent jamais assez vite. Dilemme : que peut bien faire Pellerin pour résoudre ce résineux problème (qui risque en fait de se reproduire pour tous ses postes de dépenses) ?


En tout cas, une chose est certaine et Fleur l’a bien expliquée : il est hors de questionde remettre en cause le statut des intermittents du spectacle. De la même façon qu’il est impossible d’envisager de diminuer un budget pour s’adapter à une période de vaches maigres (et je ne parle pas spécifiquement de Pellerin, ici), l’idée même d’une réforme d’ampleur pour le statut qui défraye régulièrement la chronique sera bien vite repoussée, reléguant le mot même de réforme dans le coffre-fort des abominations indignes du Parti Socialiste dans lequel on trouve « rigueur », « équilibre budgétaire », « propriété privée » et bien sûr « libéralisme ».

Et alors que s’interrogent stupidement certains dinosaures, engoncés dans un goudron idéologique qui les conservera, immobiles et fossilisés, jusqu’à leur exhumation pour des musées dans quelques siècles, pour savoir « qui arrêtera Amazon, le voyou », on peut souhaiter que ce ne sera pas Pellerin qui, peut-être, évitera ainsi les bouffonneries de la précédente ministre, de même qu’on peut aussi souhaiter qu’elle ne se fixe aucun but politique quelconque concernant la Culture en France.
En effet, quoi de mieux, pour cette Culture, que le but, fort modeste mais si difficile à atteindre, de ne plus imposer un art au détriment d’un autre et donc de laisser les individus libres de choisir ce qui est bon pour eux, avec leurs propres moyens ? La Culture ne s’est-elle jamais mieux portée que lorsqu’elle ne souffrait pas de voir les gros doigts du ministère s’occuper de l’arroser de subventions aux mille et un cerfas attachés ? Ne s’est-elle pas révélée au pic de sa créativité alors que le ministère n’était qu’un petit secrétariat, à peine muni de quelques ronds-de-cuir tout juste bons à délivrer quelques médailles et de petits discours pompeux pour flatter quelques égos ? Et puis, en ces temps de disette budgétaire, n’est-il pas franchement temps de rendre au peuple plus de sept milliards d’euros qu’il saura certainement utiliser à bon escient, sauf à le considérer comme – justement – inculte et idiot, ce qui serait tout de même un comble après toutes ces années de folles dépenses et d’investissements dans sa culture, justement, et un terrible aveu d’échec pour les 50 années de politiques publiques culturelles en la matière ?
Et puis finalement, qui peut mieux aider la Culture du peuple français que le peuple français lui-même, débarrassé de la direction autoritaire, contraignante et forcément arbitraire d’un ministère ? Allons, Fleur, faites un geste : privatisez ce qui peut l’être, abandonnez ce qui doit l’être, et rendez tous ces milliards aux Français qui en ont bien besoin actuellement.