La Loi Santé, quel vaste programme ! La presse traditionnelle a bien évoqué les actuelles tensions entre le corps médical et leur ministère de tutelle, et Contrepoints a même réalisé un important dossier à ce sujet, mais la situation n’a guère évolué ces derniers mois.
À ceci s’ajoute la diminution évidente des libertés ; le « parcours de santé » était une étape, l’impossibilité de changer de mutuelle pour le salarié, au 1er Janvier 2016, en est une autre, et la Loi Santé termine la marche, avec la fanfare.
Bref, l’histoire se répète et les Français, sous prétexte de nouveaux droits que les socialistes du cru distribuent toujours avec emphase, vont se faire gentiment pigeonner une fois encore. Et cette fois-ci, il ne leur sera même pas laissé l’illusion de pouvoir se plaindre et d’exprimer un quelconque mécontentement.
En effet, les attentats de vendredi dernier ont magistralement changé la donne.
D’une part, les actions de grève qui avaient lieu le 13 novembre ont été immédiatement interrompues : les cinq syndicats de praticiens de ville, ainsi que la FHP (Fédération hospitalière privée) avaient appelé les médecins libéraux à suspendre leurs activités et à fermer leurs établissements mais à la nouvelle des attentats de Paris, ils ont unanimement suspendu leur mouvement. Coïncidence macabre, on se rappelle que leur mouvement de grève de janvier dernier avait aussi été interrompu suite aux attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher.
D’autre part, la France, maintenant en état d’urgence, ne peut plus se permettre de divaguer en vains débats dont l’issue est déjà connue, hein, mes petits amis. Je notais hier que cet état d’urgence est fort commode pour conserver le pouvoir à tout prix et réduire au silence les opposants et les ennemis politiques du gouvernement en place. Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour une démonstration magistrale de l’application concrète de cette nouvelle donne.
C’est ainsi qu’on apprend qu’en raison de la réunion exceptionnelle du Congrès lundi (hier), l’examen du projet de loi Santé à l’Assemblée a été repoussé à ce mardi. Dommages collatéraux : ceux qui s’opposaient à cette loi (au rang desquels, les médecins libéraux, on l’a vu, mais aussi les buralistes qui contestent le paquet neutre de cigarettes) ne pourront pas se rassembler aux abords de l’Assemblée lundi puisque c’est maintenant interdit. Ils ne pourront pas plus tenter de dialoguer directement avec des députés, puisqu’ils ne seront pas là.
Autrement dit, toute opposition possible à cette loi sera extrêmement feutrée, pour ne pas dire inexistante. Jouant sur les deux tableaux, celui d’un nécessaire appel à la décence qui coupera court à toute montée en tours des médecins, et celui d’une situation délicate qui ne permet pas l’organisation de la moindre manifestation, la Loi Santé passera donc sans le moindre pépiement de gêne. Bien joué.
Cependant, je dois noter deux choses :
D’une part, il est pour le moins particulièrement cavalier que la République récompense le travail et l’abnégation des personnels de soin lors des épreuves que nous venons de traverser, leur dévouement à leur métier, en faisant passer ainsi une loi les concernant directement et à laquelle ils sont justement majoritairement opposés. Plus qu’une maladresse, on frise une nouvelle provocation.
D’autre part, je ne peux m’empêcher de penser que ces politicailleries, et le prétexte de l’état d’urgence pour éliminer les débats, sont comme des petits coups de canif répétés et systématiques dans le dos des Français et qu’ils participent grandement à l’érosion complète de la démocratie française et de la crédibilité des politiciens au point que plus personne ne puisse réellement leur faire confiance. Si, sur le court terme, la gravité des actes perpétrés le vendredi 13 novembre ne fait pas l’ombre d’un doute, sur le long terme, les actes qui sont posés maintenant par les actuels dirigeants auront des conséquences plus graves encore, et avant tout pour les Français eux-mêmes.
À ce train-là, on peut raisonnablement s’interroger sur la façon dont peuvent tourner les prochaines élections, voire se demander si elles auront lieu.
Mais allons donc. J’exagère, c’est évident.