Il faut le reconnaître : l’école et, par extension, l’Éducation Nationale sont des sujets d’autant plus féconds que tout le monde a un avis dessus, et surtout que le constat d’échec de la mission qui leur a été confiée se répand chez tous, sauf bien sûr chez ceux qui en assurent la direction.
Ainsi, les méthodes d’apprentissage de la lecture, de l’écriture, du calcul ont largement démontré leur inefficacité. Si, il y a 40 ans, l’objectif était encore que les enfants sachent lire en CE1, il y a 20 ans, on a admis qu’il n’était pas nécessaire qu’il en fût ainsi avant la sixième. Et de nos jours, on espère que le passage à la classe de seconde permettra d’éliminer ceux des élèves qui, en troisième, ânonnent encore péniblement les huit ou dix mots de l’énoncé d’un exercice de math destiné à bien maîtriser la règle de trois.
Ainsi, par un égalitarisme forcené, on a soigneusement mis en place un nivellement par le bas : on ne cherche plus l’excellence, on ne cherche plus à déterminer les capacités des élèves et à les orienter vers ce qui leur conviendrait le mieux, non, on cherche à former des apprenants qui rentrent bien dans les cases citoyennes et festives prévues par la République. Dès lors, les filières professionnelles qui pourraient former des individus autonomes et valorisables sur le marché du travail ont été consciencieusement dénigrées et utilisées comme voies de garage des cas sociaux et scolaires les plus difficiles. Le mépris de ces filières est évident, et parallèlement, la reproduction sociale n’a jamais été autant encouragée par l’Éducation Nationale.
Avec ces expressions truculentes qui apportent une vision résolument humoristique de l’enseignement, on doit aussi mentionner l’orthographe maintenant créative tant de la part des élèves que des enseignants et qui finit par s’infiltrer partout, depuis les journaux (télévisés ou écrits) jusque dans les programmes scolaires eux-mêmes. Comme il n’est plus question de discriminer sur la base de la religion, la couleur de peau, l’origine sociale ou, plus subtil encore, l’adresse, le nom, l’âge, le sexe, et maintenant, l’orthographe, la société que l’Éducation Nationale Française façonne à grands coups d’égalitarisme aplatisseur promet de grands moments de soviétisme productif et de novlangue extrêmement floue.
Enfin, comment oublier que l’institution a enfin réalisé le rêve de tous les révolutionnaires de la planète, à savoir produire des armées de citoyens conscientisés sur une masse grandissante de sujets de société (économies d’énergie, sauvegarde des petites abeilles et des bébés phoques, importance du vivrensemble tartiné en couches épaisses sur tous les sujets possibles), et conséquemment, moins de sombres techniciens, d’ennuyeux ingénieurs, de froids scientifiques versés dans les arcanes pénibles du décryptage de l’univers. La société française s’en trouve considérablement plus colorée, plus vive, plus joyeuse, remplie qu’elle est d’artistes bigarrés, de sociologues frétillants, d’experts en tous titres très télégéniques et autres philosophes pourfendeurs de veuves et d’orphelins. Et puis la République, tout comme jadis la Révolution avec Lavoisier, n’a pas besoin de savants, n’est-ce pas, mais bien plus sûrement de
Passionnante expérience que ces différentes façons de procéder qui permettra, on peut en être sûr, d’éclairer vivement le chemin que devront prendre les générations futures. Gageons que la France sera, une fois de plus, un phare de l’Humanité et brillera en illuminant clairement les écueils sur lesquels elle s’est précipitée avec constance.
Finalement, peut-être son échec, cuisant, internationalement reconnu, sera-t-il enfin utile ?
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Ce billet a servi de chronique pour Les Enquêtes du Contribuable.