Oui, c’est bien Benoît Hamon qui s’agite un peu pendant que les vents déchaînés soufflent sur l’actualité. Et c’est difficile de faire entendre sa petite voix au milieu du déferlement de bêtises médiatiques qui tente de cacher la grogne du peuple contre les mesures consternantes d’un gouvernement aux abois. Comment, en effet, exister aux yeux du public alors que des otages sont libérés, d’autres sont tués, que Taubira est insultée (pas comme Marion Maréchal-Le Pen mais presque !), que S&P abaisse la note de la France ou que la Bretagne gronde ?

Mais il faut comprendre que le petit Benoît ne renoncera pas : il est passé par toutes les étapes indispensables d’avilissement, de petits arrangements, de veuleries habituelles et de compromissions douceâtres qui aboutissent à créer le politicien très moyen français qu’il est devenu, avec cet éclat si particulier du charbon qui, sous l’intense pression des autres chacals politiciens et des médias, deviendra un magnifique morceau de charbon écrasé. Dès lors, il s’obstine et comme dans son esprit, l’entreprise et le patron restent tout de même les ennemis de caste à abattre, il s’attaque à présent à l’un des aspects les plus insupportables pour lui : la cession des entreprises d’un groupe de propriétaires à un autre.

Comme d’habitude, le raisonnement socialiste est le suivant : puisque sans les salariés, l’entreprise ne fonctionnerait pas, ces derniers ont leur mot à dire si les actionnaires ou le patron décident de revendre leurs part à d’autres. Le raisonnement inverse, à savoir que sans le patron et son apport initial de risque, d’intelligence et de fonds, il n’y aurait ni entreprise, ni salariés, n’est évidemment d’aucune utilité pour l’économie sociale bidule, solidaire truc et festive machin qui se contrefiche comme d’une paire de lunettes noires en écaille bien seventies de ce genre de considérations bassement terre-à-terre, merde à la fin.

Seulement voilà : le petit Benoit est un gros malin (même s’il camoufle habilement ce fait derrière une paire de lunettes noires en écaille bien seventies). D’une part, il a étendu l’information, jusqu’à présent réservée au Comité d’Entreprise pour les sociétés à partir de 50 employés, à tous les salariés, ce qui, on le comprend, va poser de petits soucis de confidentialités lors d’opérations de vente délicates. D’autre part (je vous dis qu’il est malin, le délégué), il a ajouté un délai de réponse des salariés ce qui va considérablement alourdir la procédure entière, déjà pas franchement simple.
Cas amusant : un salarié qui choisit d’aller chez un concurrent et qui est en préavis se retrouve grâce à cet habile dispositif en situation privilégiée pour fournir à ce concurrent de croustillantes informations. Voilà qui aidera à conserver la France dans le peloton de tête des nations qui fusillent si bien l’envie d’entreprendre ; je vous avais dit qu’il était malin, le Hamon. Plus rigolo : si, pour éviter des fuites, le patron qui vend ne souhaite pas informer ses salariés et que tous adhèrent au projet de reprise sauf un, ce dernier pourra, grâce aux dispositifs envisagés, faire annuler la vente dans les deux mois en saisissant la juridiction civile ou commerciale compétente. On imagine ici la nuée de cas délicieux que les tribunaux auront à trancher, vifs au début, morts à la fin. Plus rigolo encore : imaginons qu’un acheteur A se présente spontanément devant l’entreprise B. Il ne pourra finaliser la transaction qu’après un délai légal, nouveau, de deux mois. Si, pendant ces deux mois, un client stratégique C de l’entreprise B décide de se passer de ses produits ou services, ou calanche (un client qui fait faillite, cela peut arriver, oui, même en Fraônce), eh bien … Tant pis, l’acheteur A peut fort bien retirer son offre. Au revoir, acheteur A. Au revoir, client C. Fini, entreprise B. Heureusement, les salariés pourront… Ah non, rien du tout, il n’y a plus rien à racheter. Je vous avais prévenu : le Hamon, il envoie du steak côté bonnes idées.

Mais peu importe, Benoît frétille : si sa loi passe, il aura, enfin, une bonbonne de formol marquée de son nom qui contiendra le tissu de petites entreprises françaises. Trop cool, non ?