Et voilà bien un sujet passionnant. Je ne parle pas de la photo, dont tout le monde comprend immédiatement l’intérêt d’autant plus que de nos jours, n’importe qui peut s’improviser photographe avec un téléphone (décadence du monde moderne où les objets dépassent les limites de leurs usages et où, bientôt, les lessiveuses feront aussi télévision et les vibromasseurs sauront aussi faire le café). Je parle plutôt d’un nouveau Conseil National qui va enfin permettre de répondre, par le truchement étatique, aux mille et uns besoins non comblés en matière de photographie.
Et à en croire la petite Fleur, des besoins non comblés, il y en a, en grosses trouzaines joufflues :
« Ce conseil national de la photographie pourra s’emparer de sujets qui vous tiennent à cœur et vous préoccupent, comme l’évolution de la protection sociale, comme salariés ou artistes, d’œuvres, des questions de fiscalités, les évolutions de la protection, du droit, de la propriété intellectuelle dans un contexte de libéralisation accélérée »
Et en terme de petits doigts potelés, cela se traduira concrètement par un bureau, deux collèges et trois roudoudous. Le bureau, avec son président, son secrétaire et quelque autre fonction honorifique, dirigera les deux collèges, l’un scientifique, et l’autre professionnel, parce que vous comprenez, la photo, c’est un sujet
À ce titre, on se demande d’ailleurs comment à peu près tous les autres pays du monde parviennent à se passer de ce genre d’appendice bureaucratique de la ministricule cultureuse, qui aura poussé la perfection jusqu’à asperger tous les présents d’une bonne giclée de vivrensemble bien dégoulinant qu’il me ferait violence de ne pas vous citer in extenso :
« Les Rencontres de la photographie sont à l’image de cette culture source d’emploi et d’attractivité de notre territoire, source d’émancipation intellectuelle, source de lien (…), source de solidarité et de transmission, source de pédagogie sur les valeurs que nous désirons transmettre aux générations suivantes »Shplaf, voilà, c’est fait, tout le monde en a pris plein la besace, c’est superbe, c’est mignon, c’est payé par le contribuable, et c’est un peu du floutage de gueule (comme on dit en photo lorsque le point n’y est pas).
Mais ici, je vais plutôt m’attarder sur le timing diabolique de l’annonce de la création de ce nouveau concombre bureaucratique turgescent, qui coïncide assez bien avec la publication au parlement européen, le 9 juillet prochain, de son avis concernant le rapport sur le droit d’auteur, rédigé par le député Julia Reda, du Parti pirate.
J’avais évoqué l’un et l’autre dans un précédent billet sur, justement, le droit d’auteur et la propriété intellectuelle. Les propositions, que j’invite à lire en résumé ici et en détail là sont intéressantes en ce qu’elles font, pour une fois, preuve de bon sens et visent essentiellement à harmoniser les droits des différents pays, en essayant à chaque fois de tenir compte des usages les plus favorables pour le grand public. On se souviendra par exemple que la député européenne propose d’étendre certaines exceptions du droit d’auteur dans le domaine numérique, en étendant par exemple le droit de citation pour tenir compte des GIF animés.
Or, et c’est là que les choses deviennent croustillantes : en France – devinez quoi – la loi sur le droit de panorama est l’une des plus contraignantes en Europe (comme c’est souvent le cas au pays de la liberté surveillée). La proposition de Julia Reda reviendrait donc à tailler dans cette contrainte franco-française, et rendrait nettement plus simple la vie des internautes et touristes en France qui, prenant une photo de l’un ou l’autre monument historique du pays pour la publier sur Facebook, Twitter ou Flickr, ne savent pas qu’ils sont en réalité en infraction.
Mais je suppose qu’il fallait bien cela pour sauver les petits pioupious photographes et les aider à « s’emparer des sujets qui leur tiennent à cœur et les préoccupent ». Et puis après tout, le socialisme, c’est magique™ !