
En substance donc, nous avons d’un côté Jonathan (le prénom n’a pas été changé), qui est chimiste, aujourd’hui en arrêt maladie, et qui se protège en se couvrant le visage d’un tissu avec un maillage de fil d’argent enrobé de polyuréthane, parce que cela permettrait de filtrer les champs électromagnétiques. Oui, vous avez bien lu, le type se protège sous une burka-magnétique.

Depuis, il s’est installé dans un village loin de toutes les ondes électromagnétiques, dans la campagne profonde et loin de toutes traces de civilisation électronique, au milieu de
De son côté, l’Académie de médecine est, elle, fort surprise. Apprenant que notre chimiste électro-réduit a obtenu une aide publique pour ses petits soucis, elle s’est fendue d’un communiqué de presse dans lequel elle s’interroge sur la pertinence de cette décision. Et à l’appui de son interrogation, elle rappelle quelques éléments factuels dont ne se sont manifestement pas trop embarrassés les pouvoirs publics lorsqu’il s’est agi de distribuer l’argent du contribuable (chapeauté ou non d’alu) :
- plus de 40 études en aveugle à travers le monde ont démontré que les personnes électrosensibles incriminent les ondes sans savoir faire la différence entre un émetteur de radiofréquences éteint ou allumé
- aucune étude sérieuse ne confirme l’efficacité des dispositifs anti-ondes sur la santé

(Économiquement en revanche, on peut très facilement expliquer pourquoi, à mesure que les malades sont plus écoutés, ils se font aussi plus nombreux, et pourquoi, dès lors, les fabricants d’amulettes technospatiales se multiplient aussi.)
D’autre part, et l’Académie rejoint ici les remarques maintes fois répétées des libéraux, la distribution de ce genre de roudoudous subventionnés par l’administration ne peut qu’aggraver le problème général que les diagnostics fantaisistes entraînent : les malades ne sont pas réellement soignés puisqu’on leur fournit seulement un effet placebo, on les encourage dans leur représentation faussée de leur maladie en abondant dans leur sens, et pire encore, on envoie un message catastrophique au reste de la population en donnant l’onction administrative à ce type de handicap, ce qui favorisera la recrudescence inopinée et fort commode de nouveaux cas tous plus lacrymogènes les uns que les autres.
En d’autres termes, maintenant que le robinet d’argent public est ouvert, l’électrosensibilité va devenir un mal foudroyant touchant une proportion toujours plus grande d’individus dont le travail, harassant, mal payé et en contact facile avec des substances magnétogènes ou électronuisibles, ne peut être continué sous peine de graves lésions. Vite, indemnisez-moi / prenez-moi en charge / occupez-vous de moi et de mes problèmes.
Bref, tant l’Académie que la personne de bon sens ne peuvent que constater la suite, déjà évoquée dans un précédent édito, de la dérive vers le n’importe quoi new-âge dans lequel s’enfonce mollement la société en général et l’administration française en particulier (élus inclus) : depuis le funeste avènement du principe de précaution dans notre constitution, qui aura plongé le pays dans un formol aussi toxique que le plus totalitaire des socialismes, tout concourt dans ce pays à infantiliser toujours un peu plus les individus en tenant pour acquis que le monde les entourant ne veut que leur perte et que la technologie ne provoquera, à terme, que troubles et maladies désagréables. Et il est donc urgent que tout le monde se serre les coudes pour, d’une part, s’entraider à coup de solidarité forcée (ne discutez pas) et d’autre part que chacun fasse barrage (de son corps s’il le faut) à ces inventions du Diable.
Moyennant quoi, on honnit le gaz de schiste, on interdit les OGM, on fustige les méchantes ondes et on se réfugie bien vite en forêt avec un filet métallique sur la tête.
Tout ceci est extrêmement encourageant pour le futur de ce pays.