
Et il n’est qu’à voir la nature des trois dispositifs pour comprendre qui sont encore une fois les grands gagnants de cette invention bio-cosmogonique de spandrelles bitumeux à pénétration toroïdale. Pour le premier en effet, il s’agit de faciliter l’accès à l’art pour les salariés d’entreprises par la signature d’une convention. Le hasard faisant furieusement bien les choses, ce sont des entreprises éminemment représentatives du capitalisme et du secteur privé qui ont signé des deux mains les papelards tendus par la minustre : la RATP, la SNCF, la SNECMA, la Caisse centrale d’activités sociales des industries électriques et gazières et des regroupements divers et variés de comités d’entreprises. Et en quoi consiste la convention, quel est donc son but ? Aurélie frétille d’impatience et prend la parole sans plus attendre pour nous l’expliquer :
Nous voulons amener la culture à ceux qui en sont éloignés, du fait des contraintes de la vie professionnelle. Des parcours seront co-construits avec chaque CE et les PME ne seront pas oubliées grâce aux fédérations de comités d’entreprise avec lesquelles nous avons contracté. Mon ambition est résolument ancrée dans l’esprit de l’éducation populaire et s’inscrit dans les enjeux qu’impose la RSE.


Enfin, le dernier dispositif (parce que jamais deux sans trois, n’est-ce pas) est un événement prévu en octobre prochain, que la ministre, en pleine frétillance transcendantale, imagine déjà aussi populaire que « La Fête de la musique » dans quelques années. Il s’agira de micro-expositions des collections nationales dans des entreprises sur tout le territoire durant quelques jours. Le déplacement des œuvres ne coûtera rien, leur sécurisation non plus. Leur petit emménagement puis déménagement dans les entreprises sera indolore. Les salariés qui se déplaceront pour voir tout ça ne provoqueront aucune baisse de productivité (notez qu’à la SNCF, la RATP, ce mot a depuis longtemps été banni de toutes façon). Bref : ça va être génial.

Bien sûr, tout ce programme est, comme la ministre l’avoue, « cofinancé par le public et le privé ». Souriez : comme le public est financé par le privé, ceci est donc cofinancé par le privé et le privé. Et puis, ce n’est pas cher, c’est carrément donné ! Comme l’explique Romane Sarfati, conseillère en charge de la pâte à modeler de la ministre, pardon des arts plastiques,
« C’est une économie serrée – quelques dizaines de milliers d’euros par opération – mais une offre de qualité. Et nous adapterons le travail de médiation au cas par cas »Des esprits chafouins rétorqueraient qu’il ne manquerait plus qu’en plus, ce soit une offre merdique, mais je ne suis pas de ceux-là : enfin, la France va se lancer dans des « capsules du design », et va forcément s’en retrouver toute ragaillardie. D’ailleurs, l’Onomatopée ne fait pas mystère de son ambition :
« C’est le redressement créatif au service du redressement productif ! »
