Il faut donc un peu fouiller pour comprendre les véritables enjeux de ces municipales, qui restent, une fois trouvés, fort maigres. En substance, on comprend que le Parti Officiellement Socialiste risque de perdre quelques villes d’importance, pendant que son concurrent direct, le parti honteusement socialiste de l’UMP, en raflera quelques autres, ce qui agitera les Français facilement trois ou quatre heures un dimanche soir de mars.
Mais au-delà de ces considérations, rien ne permet d’affirmer que ce scrutin sera un vrai tournant à la vie démocratique française tant son résultat semble déjà acquis : le PS arrivera à conserver l’une ou l’autre ville qu’on lui croyait définitivement perdue, l’UMP en regagnera quelques unes de haute lutte, les premiers pousseront un ouf de soulagement en répétant urbi & orbi que finalement, ce n’est pas la déroute attendue, et l’UMP s’empressera de railler ses adversaires en insistant sur la branlée de magnitude 9 qu’ils lui ont collée. Vague inconnue au tableau : le score du Front National qui sera certainement plus haut qu’aux précédentes élections, mais dont on imagine déjà, vu le faible nombre de listes dont il dispose, qu’il ne cassera pas autant de briques que sa rhétorique.

Émoi chez ces candidats qui se retrouvent ainsi catalogués et parfois pas du tout à l’endroit où ils veulent : certains se retrouvent classés à gauche alors qu’ils ont plutôt une sensibilité de droite, et, insulte insupportable, d’autres se retrouvent « divers droite » alors qu’ils se savent, intérieurement « de gauche ». C’est, politiquement, comme une petite mort, un camouflet, une vexation de plus imposée aux petits candidats.
Mais avec cette introduction de la « nuance », par ailleurs dramatiquement absente des discours habituels des grandes figures politiciennes françaises, on peut se demander quel but est ainsi poursuivi par l’État.
L’explication officielle (il y en a une) laisse songeur : le but de ce bricolage millimétrique qui s’ajoute à l’étiquette et au parti serait de « permettre une meilleure connaissance et compréhension des équilibres politiques nationaux et d’apporter un éclairage aux citoyens sur l’offre politique qui a lieu à un moment donné de notre histoire », parce que, comprenez-vous, le citoyen, mammifère mou un peu con à l’orifice fiscal heureusement dilaté, a besoin de ce genre de classification pour effectuer un choix éclairé.

Ridicule parce qu’il est particulièrement grotesque de vouloir à tout prix catégoriser des idées, des concepts, ou des programmes politiques dont tout indique qu’ils sont un mélange plus ou moins habile de chacune des vagues tendances politiques du pays, coincé entre un progressisme rapidement débridé, envahissant et sans concession d’un côté et, de l’autre, un conservatisme arc-bouté sur des principes poussiéreux ou dépassés. D’ailleurs, pour qu’une liste n’arrive pas à rentrer dans les canons pourtant déjà fort mollassons de la droite ou de la gauche parlementaire, c’est simplement qu’elle se réclame d’une partie du programme fadasse de la droite et d’une autre partie du programme vaseux de la gauche, entraînant une impossibilité de classement définitif, à moins d’introduire la nuance « Fourre-tout » qui serait amusante mais finalement inutile.
L’exercice, en plus d’être ridicule, est aussi vain en ce qu’il ne permettra en rien d’améliorer la représentation politique nationale. Avec un taux d’abstention qui continue d’augmenter, force est de constater que, nuance ou pas, une majorité d’électeurs a clairement envoyé paître les candidats, et qu’il apparaît difficile d’apporter un parti, une étiquette ou même une nuance à ce gros « Démerdez-vous sans moi » que ces inscrits non-votants ou ces non-inscrits envoient joyeusement à tous ces politiciens. En clair : youpi, grâce à la nuance, on va pouvoir introduire une délicate pastélisation des quelques moutons qui votent encore. C’est, proprement, stupéfiant d’inutilité.

Et le pire est qu’avec l’introduction de cette nouveauté artificielle de « nuance », on a simplement affiné la graduation entre l’étatisme de gauche et l’étatisme de droite : rares sont en effet les listes qui seraient difficiles à nuancer parce que … vraiment libérales. En effet, malgré le parti, l’étiquette et, maintenant, la nuance, une liste électorale dont le programme proposerait le retour à la responsabilité des individus, l’abandon de l’intervention de l’État à tout propos et hors de propos, qui, en somme, définirait des bornes strictes et serrées aux personnes élues, une telle liste resterait proprement inclassable en France.
Ces élections n’ont pas encore eu lieu mais chaque jour qui passe et chaque détail de la procédure électorale qu’on découvre ajoute au mol ennui qu’elles suscitent. Finalement, avec ou sans nuance, ce pays est foutu.