Et soyons honnêtes, après 26 ans, le bilan est assez contrasté.
En effet, ce financement public n’a pas réellement permis une amélioration de l’offre politique et l’a même plutôt réduite : en 26 ans, on a surtout assisté au regroupement des partis de l’extrême-gauche en un gros blob mou luttant pour sa survie, à la disparition du centre et à la consolidation à l’extrême-droite dans le FN. D’ailleurs, les seuils officiels pour bénéficier du denier républicain interdisent assez fermement les nouveaux entrants, qui sont condamnés à rester petits et n’avoir que les moyens réduits de leurs adhérents, rarement millionnaires et prêts à sacrifier leur fortune pour faire avancer leurs idées. Le résultat est, dès lors, une aimable calcification de la vie politique française, ce qui laisse augurer du meilleur à l’heure des changements et de l’indispensable adaptation aux évolutions rapides des marchés et de la géopolitique mondiale.

Et puis, le financement public, c’est aussi ce vernis indispensable de respectabilité sur une organisation, le parti politique, dont le but affiché est ouvertement de dominer les autres, de leur dicter quoi faire de leurs journées, ce qu’ils ont le droit d’envisager, et ce qu’il conviendra d’interdire fermement. Autrement dit, grâce à la ponction officielle, autoritaire et obligatoire du fruit du travail des contribuables, les organisations de contrôle, de contrainte et de commande des populations s’affranchiront, à terme, de détourner des finances publiques, d’abuser de biens sociaux, ou de recourir à des fausses factures et elles pourront alors imposer leurs lubies tout en étant rémunérées, au grand jour, par tous et chacun.
Ce bilan contrasté impose donc une question : peut-on faire mieux ? Doit-on aller plus loin ? Je dis oui.
Parce que le système, tel qu’il existe actuellement, peut largement être amélioré. Réfléchissez un instant : tel qu’il est, il opère une ponction politiquement indifférenciée sur le contribuable, d’autant plus que les deux ensembles « contribuables » et « électeurs » ne se recouvrent pas !
En définitive, on se retrouve avec cette délicieuse situation où le militant PS paye aussi dans ses impôts le financement de l’UMP qu’il honnit ; le sympathisant FN abonde fiscalement les finances du Front de Gauche qu’il exècre amèrement. Et les abstentionnistes qui n’ont trouvé leur compte dans aucun des clowns sur le marché payent tout de même pour les voir s’agiter. Dès lors, puisqu’on force déjà tout le monde à payer pour des partis qui n’obtiennent pas tous les suffrages, pourquoi ne pas pousser la logique à son terme et imposer que tous les citoyens soient, obligatoirement, encartés pour un parti politique ? Après tout, nous sommes tous, à hauteur de quelques euros par an et par personne, participants obligés à la vie de tous ces partis, non ?
Alors autant officialiser la chose !

Alternativement, la sanction des urnes serait doublée d’une sanction financière dont le financement actuel donne un aperçu, mais l’étendrait dans le temps puisque les impôts sont perçus tous les ans, alors que les élections s’éparpillent sur des cycles généralement asynchrones qui autorisent finalement toutes les magouilles politiciennes en parfaite contradiction avec le désir de transparence affiché par les tenants de ce type de financement public. En clair, les contribuables pourraient, en cours d’année, signifier leur approbation ou leur mécontentement de l’application d’une politique par un parti en réduisant la part d’impôts qu’ils leurs dirigeraient lors de leur déclaration.
La mise en place d’une telle idée aurait sans doute des effets rapides sur la vie politique française et aurait au moins la vertu thérapeutique de rappeler aux Français les quantités monumentales d’argent dont ils ne disposent pas du tout et qui sont dépensées dans une décontraction croissante par des partis politiques sclérosés. Et c’est d’ailleurs pour cela qu’il n’y a aucune chance qu’elle ne soit jamais adoptée…
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Ce billet a servi de chronique pour les Enquêtes du Contribuable