Bien sûr, le chômage n’est toujours pas résorbé. Mais ça, c’est su, connu, lu et relu. Passons. Bien sûr, la croissance est en berne, mais c’est déjà intégré dans toutes les feuilles Excel de Bercy. Passons. Bien sûr, l’inflation, sur laquelle l’État compte énormément pour étouffer doucement sa dette, n’en finit pas de bouder, malgré lesannonces fracassantes de Draghi – c’est même la déflation qui est constatéeactuellement. Bon, soit. Mais tout ceci est contrôlé. N’allez pas imaginer que les élites qui nous gouvernent, qui ont fait plein d’écoles importantes avec plein de diplômes compliqués et qui ont passé des concours (dont ceux de circonstance), n’ont pas tout prévu et n’ont pas tout préparé pour tenir compte de ces éléments.
Ne vous inquiétez pas : la trajectoire est connue. Bon. En attendant, il y a des petits nids de poule.
Par exemple, dans les petits chiffres dont la presse discute très peu, et le gouvernement encore moins, on découvre que la vacance des centres commerciaux augmente régulièrement depuis deux ans. Si les experts du milieu se chamaillent pour savoir à combien cette vacance s’établit précisément (on évoque de 3 à 6%), il n’en reste pas moins que le constat, dressé par différents acteurs du marché, n’est pas rose, notamment en ce qui concerne la stratégie employée actuellement par les centres pour se maintenir en vie :
« Une enseigne est obligée de grossir, répond Jean-Luc Bret, président de la Croissanterie. Nous compensons la baisse de rentabilité des points de vente en achetant moins cher et en regardant de près nos frais de personnel. »Comme quoi, pour baisser la rentabilité d’une société, il n’y a pas besoin de faire appel à Manu Macron. On notera au passage le lien étroit entre cette rentabilité et la masse salariale, ce qui pourrait fournir une piste de réflexion pour ceux qui, au plus haut niveau de l’État chuchote-t-on, entendent combattre le chômage.

« Pour ce type d’entreprises, vu la volatilité des affaires et la fragilité des sociétés, il suffit d’une météo défavorable pour la restauration par exemple, ou d’arbitrages de la part des consommateurs à certains moments de l’année pour que les comptes tombent dans le rouge. Une entreprise de un ou deux salariés doit avoir une activité qui lui permette de faire face aux charges fixes. Sinon, tout coup dur peut très vite se traduire par une défaillance. »

Ce qui est d’ailleurs confirmé par la tendances des petites boutiques à, elles aussi, passer l’arme à gauche. On apprend ainsi que 4.500 magasins d’habillement indépendants ont fermé au premier semestre. Si une partie de ces fermetures doit certainement à la concurrence des grandes chaînes nationales ou internationales, la fragilité du secteur doit aussi beaucoup … à une trésorerie tendue et un chiffre d’affaire en berne. Tensions et rétrécissements d’ailleurs provoqués par les petites giboulées d’impôts et de taxes, tant sur les entreprises que sur leurs clients, et par l’onctuosité naturelle des administrations lorsqu’il s’agit de bien faire comprendre à tout ce petit monde qui commande, qui encaisse, et qui tabasse.
Las.

Les explications de ce petit détour par les zones humides du bas côté routier sont intéressantes : c’est la faute au méchant « contexte macroéconomique qui pèse de façon conséquente sur les recettes fiscales du budget général », façon pudique pour le Ministère des (toutes) petites économies de nous dire que les sous ne rentrent pas aussi bien que prévu (oh, zut alors). La croissance est faible, ma bonne dame, et avec toutes ces entreprises qui refusent de lâcher des thunes, voire qui clabotent en silence, et ces particuliers qui décident bêtement d’être ruinés, même si les taux augmentent, ça nous fait une assiette de plus en plus petite (oh, zut derechef).

L’idée, d’après les petits calculs de Sapin, serait de réduire le déficit public de 3,6 milliards d’euros en 2015. Il faudra bien le croire sur parole, d’autant qu’en matière économique, les performances passées ne présagent en rien des performances futures (même si la constance avec laquelle le petit Michel se fourre le doigt dans l’œil inquiète de plus en plus son ophtalmo).
Vous voyez, pas de souci : à chaque problème politique, on trouvera sa solution dilatoire, et à chaque problème budgétaire, on trouvera sa solution taxatoire, quitte àimposer les impôts.
Le socialisme, vraiment, c’est magique™.