
« Il faut faire des économies. C’est ce que nous allons faire en 2015 et cela a forcément des conséquences [...] Si vous n’entendez pas crier, c’est que nous ne faisons pas d’économies. »Et ainsi donc, la voie est tracée. Promis, juré, craché, en 2015 (c’est-à-dire « demain »), on va faire des économies (c’est-à-dire « on rase gratis »). Il était temps.
D’abord parce que, c’est officiel, c’est connu, c’est su, mais c’est toujours bon de le répéter : selon l’INSEE et depuis le 30 septembre, la France dépasse joyeusement les 2000 milliards de dette. Ce qui n’a pas l’air d’inquiéter le Chef de l’Exécutif :
« Pendant les cinq années qui ont précédé mon entrée en responsabilité, la dette publique a augmenté de 600 milliards, nous sommes à 2.000 milliards. Donc notre rôle doit être de maitriser les déficits pour éviter que nous puissions encore augmenter le niveau absolu de la dette même si elle se finance à des taux d’intérêts très bas. »Maîtriser les déficits, ça, Pépère, il sait faire. D’ailleurs, depuis son « entrée en responsabilité », il a montré un talent fabuleux à toujours rôder loin des 3% de déficit maximal, dans une décontraction que d’aucuns pourraient qualifier de désinvolte. Mais à la question « Est-ce grave docteur ? », la presse a déjà une réponse, agréable, aussi connue que léni

Et puis ensuite, il ne faut pas oublier que Rambollande avait tout misé sur deux éléments cruciaux : un changement de cycle économique, parce que l’économie voyage sur un vélo, c’est bien connu, et surtout, le retour de l’inflation, sans laquelle le keynésianisme est nettement moins rigolo.


« Il n’y a pas de plan d’économie qui soit indolore. Sinon, ça aurait déjà été fait [...] Les économies forcément sont douloureuses, il n’y a aucun secteur qui peut accepter de voir un certain nombre de ses habitudes, parfois de ses financements, être remis en cause. »Et le bougre a tant raison que, jusqu’à présent, les économies envisagées (et pas encore mises en musique, oh là, doucement camarade) ont essentiellement porté sur des secteurs pour lesquels il sait qu’il n’y aura en réalité qu’assez peu de ces cris qui pourraient lui vriller les oreilles. Les professions réglementées en sont un bel exemple : certes, ça couine face à un projet (un projet, seulement, rien n’est voté, rien n’est décidé, tout est négociable, ♪ tout est amendable, ♩ tout peut s’amender ♫) pour lequel, du reste, on peine justement à voir de quelle économie il est question, mais de toute façon, peu importe : ce n’est pas comme si ces professions pouvaient vraiment paralyser le pays, si les rouspéteurs avaient vraiment les moyens de faire durer le plaisir. Et puis, s’ils crient un peu plus, on peut toujours lâcher du lest, d’autant plus qu’on n’a rien décidé de ferme (d’où le mot « projet ») et que tout ça avait été lancé par l’autre Frétillant et que, tombé en disgrâce, il ne pourra rien dire si on laisse tout tomber.
Il faut l’admettre : si, dans l’espace, personne ne vous entend crier (moyennant quoi,on termine en petite culotte dans une navette de secours), en France, en revanche, tout le monde écoute les moindres gémissements et s’empresse de bien vite revenir au statu quo dès que possible, et ce ne sont certainement pas les pilotes d’Air France qui diront le contraire. Et les cris sont d’ailleurs d’autant plus audibles qu’ils viendront de la fonction publique, des politiciens, ou, mieux encore, de la presse…
La réalité est sans équivoque et tout se déroule comme prévu : Hollande a très manifestement choisi la procrastination, l’enfumage, les mesurettes et le petit bricolage histoire de tenir deux ans. Mais aucune mesure d’importance ne se profile, et les mesures d’économie pèsent exclusivement sur cette partie de la France qui pliera mais ne rompra pas, à savoir les classes moyennes, ceux qui payent sans rien dire, ceux qui endurent en croyant (de moins en moins) n’être qu’une partie de ceux qui font des efforts alors qu’ils en sont la totalité. Pendant ce temps, la fonction publique pleurniche sur d’éventuels réservoirs d’essence vides, quelques agrafeuses manquantes, des portables peu renouvelés, mais sa masse salariale augmente, ses avantages ne sont toujours pas rabotés. Les régimes spéciaux se portent bien. Les indemnités et les primes continuent de tomber. Thévenoud est toujours député.
La (re)distribution continue, François tient trop à son poste pour envisager autre chose. Ne vous inquiétez pas. Ce pays est foutu.