Rassurez-vous, comme ils sont en France de plus en plus nombreux, c’est un sujet qui va revenir régulièrement sur la table ; et comme on compte actuellement plus d’1.6 million de personnes officiellement stagiaires, le gâteau électoral commence à devenir appétissant. On comprend donc très bien pourquoi le législateur s’est soudain senti une vocation à mettre ses petits doigts boudinés dans la « belle » mécanique qui avait été mise en place pour
Comme je l’ai dit, j’ai assez peu traité le sujet des stagiaires. J’ai donc décidé de me renseigner directement à la source et j’ai consulté le quintuplet de stagiaires qui m’ont été attribuées lorsque je suis rentré à Demaerd Industries comme plombier de combat. Oui, je suis comme ça, la perspective d’avoir à échanger quelques phrases simples avec ces petites créatures ne m’effraie pas et je suis donc allé les voir pour leur parler de ce projet de loi. Dès le début, elles se sont montrées intéressées.


Sur le papier, on découvre donc que si la loi passe, le nombre de stagiaires sera limité par entreprise, leur durée aussi, et que le statut de ces stagiaires va être amélioré. C’est important, en France, le statut : c’est un peu le lubrifiant ultime dans le pays, socialement parlant. Les gens n’ont plus vraiment de métier, ils ont un emploi (comme celui du temps), et les plus chanceux ont un statut (et pour certains, en bronze massif, ce qui explique leur totale immobilité). Et là, dans ce fameux Statut du Stagiaire, la loi veut garantir des protections relatives aux durées maximales de présence (parce que faut pas pousser, hein), la possibilité de valider son stage malgré son interruption (parce que, faut pas pousser, hein), l’exonération d’impôt sur le revenu des gratifications reçues pendant le stage et des autorisations d’absence en cas de paternité ou de grossesse. Il était temps : on ne compte plus les stagiaires qui accouchent à même les photocopieuses…


D’une part, elles ont appuyé sur le passage par le stage pour s’assurer que le profil pourrait correspondre à un besoin d’embauche futur, et pour beaucoup d’entre elles, ont assuré à leur frais la formation de ceux qui allaient (espéraient-elles) rejoindre leurs rangs. C’est un vrai pari dans la mesure où l’embauche n’est pas assurée, tant parce que les conditions de marché évoluent beaucoup, que parce qu’un jeune formé peut décider d’aller voir ailleurs…
D’autre part, les conditions d’embauche (CDD ou CDI) devenant de plus en plus complexes, les entreprises ont eu recours à cette forme bâtarde de période d’essai extensible pour combler à la fois la demande croissante des jeunes pour des stages, parfois nécessaire pour obtenir un diplôme, et la demande croissante en petites mains pour des tâches subalternes, moins complexes ou plus répétitives dans l’entreprise : eh oui, comme le salaire minimum et ses charges afférentes augmentent, toutes les tâches auparavant dévolues à ces niveaux de paie deviennent trop chères, et sont alors en priorité redirigées vers les stagiaires, beaucoup moins coûteux.
Une fois qu’on a compris ces deux précédents points, on voit tout de suite que la limitation du nombre de stagiaires dans une entreprise ne va rien résoudre du tout : les petites tâches ne seront plus remplies, et les stagiaires devront se battre pour espérer obtenir un poste au sein des rares entreprises qui pourront encore se lancer dans ce genre de démarches sans s’attirer les foudres des syndicats de stagiaires et autres agglomérations irritantes de saprophytes périphériques. J’attends avec impatience le développement des combats de stagiaires potentiels dans de la gelée de groseille, cela promet des moments épiques.

Ce pays est foutu.