En plus de cela, un programme de rachat d'actions peut permettre de réduire les coûts d'agence, via la diminution avec le programme de rachat des divergences entre le management et les actionnaires ("moins d'actionnaires = moins de problèmes = moins de coût pour éviter les problèmes"). Enfin, un rachat d'action peut permettre d'optimiser la structure du capital de votre entreprise, c'est à dire la manière dont l'entreprise finance ses actifs par une combinaison entre dette et capitaux propres. Mais bon, restons sur la théorie la plus simple de sous-évaluation, même si empiriquement c'est un peu plus complexe que cela.
En 1984, Warren Buffet expliquait que lorsqu'une entreprise était dans une situation financière confortable et estimait que le cours de ses actions était bien en dessous de sa valeur fondamentale, alors le rachat d'action est la meilleure chose possible pour les actionnaires.
"When companies with outstanding businesses and comfortable financial positions find their shares selling far below intrinsic value in the marketplace, no alternative action can benefit shareholders as surely as repurchases." Warren Buffet
Mais pourtant, suite à la mise en place de votre programme de rachat d'actions, et à votre grande surprise, le cours de l'action de votre entreprise dégringole. Il existe en effet deux théories opposées à propos de l'impact d'un programme de rachat d'action sur le cours boursier. La première théorie, celle sur laquelle vous vous étiez basée, est celle de la "sous-évaluation" ("undervaluation theory"). Mais il en existe aussi une autre, celle du signal négatif ("negative outlook theory"). Selon cette théorie, un rachat d'action ne montre pas la bonne santé d'une entreprise, mais au contraire un manque total d'inspiration et de projets, car au lieu d'investir ce trésor de guerre pour assurer le développement futur de l'entreprise (recherche et développement, investissement physique, nouveaux projets...), l'entreprise n'a aucune idée et préfère juste racheter des actions (processus qui ne crée pas de valeur directement).
Mais en réalité, quel effet domine ? Si l'on s'intéresse d'un point de vue empirique, l'annonce de la mise en place d'un programme de rachat d'actions a en moyenne un effet positif sur le cours boursier d'une entreprise (Vermaelen (1981), Baker & al, 2003)). C'est d'ailleurs l'effet qui semble se dégager en ce qui concerne l'annonce de rachat d'action de la part d'Apple (une étude plus approfondie serait cependant nécessaire).
Pourtant, selon la théorie financière, un rachat d'action, tout comme le versement d'un dividende (voir "L'impact du versement d'un dividende sur le cours d'une action"), devrait être neutre pour les actionnaires car cette opération n'est pas créatrice de valeur. Pour expliquer empiriquement les résultats positifs, il convient donc d'analyser cela sous le regard de la théorie des signaux (signal positif de sous-évaluation ou signal négatif de "je sais pas quoi faire de mon cash j'ai pas d'idée) ainsi que sous le regard de la théorie de l'agence, ou bien encore en prenant en compte le rôle de la fiscalité (taxations différentes entre plus-values, dividendes, rachat d'action...)
Conclusion : L'investisseur/activiste Carl Icahn est peut-être en train de gagner sa bataille face à Apple. Depuis plusieurs mois, le fond qu'il dirige achète en masse des actions de l'entreprise Apple et fait pression sur Tim Cook (patron d'Apple) afin que celui-ci augmente le programme de rachat d'action. Il faut dire qu'Apple est l'entreprise au monde avec le plus gros trésor de guerre dans ses coffres : 160 milliards de dollars qui dorment bien au chaud (investissement en obligation souveraine/entreprises ... lire "La démesure d'Apple en chiffres et images") ! De quoi s'amuser un petit peu...