
A l’aube de l’Internet des Objets (IdO), une grande partie de son primo-développement a été axé sur les applications industrielles, telles que l'amélioration des opérations des machines autonomes, ou les produits de consommation grand public, comme les traqueurs d’activités et autres wearables développés par Fitbit.
Le mois dernier, nous avions consacré un édito sur les bouleversements annoncés par l’IdO, ou Internet of Things (IoT) en anglais, dans le monde du travail.
Cependant, à partir des dernières recherches, nous assistons à l’émergence d’une catégorie d'activités de l’IdO plus centrée sur l'humain. Il s’agit moins d'automatisation et plus d’amélioration personnelle ; un IdO moins axé sur des périphériques individuels et plus centré sur des « services vivants » - qui permettent aux personnes de programmer et de connecter leurs appareils intelligents comme ils l’entendent.
Par exemple, en utilisant un de ces services vivants, on pourrait connecter sa voiture à sa porte de garage intelligente, préalablement connectée à un système de serrures intelligentes, qui activent également un thermostat intelligent lui-même synchronisé à un système d'éclairage intelligent. Bref, on peut tous les programmer pour qu’ils interagissent simultanément et accomplissent leurs tâches lorsque la voiture arrive à proximité du domicile. L’expérience utilisateur de « rentrer chez soi » est renforcée à des niveaux jamais atteints, puisque tous les objets agissent en fonction de mes préférences.
Harvard Business Review (HBR) a mené une étude open-source sur le comportement des utilisateurs de l’IdO, en analysant 1 000 plateformes technologiques et services d’IdO et plus de 279 000 interactions effectuées entre les utilisateurs précoces et leurs dispositifs d’IdO. « Nous avons constaté que les consommateurs veulent un IdO qui fournisse des services personnalisés qui peuvent être adaptés à différents contextes », souligne l’étude. Comme avec l'IdO industriel, l'IdO humain promet d'être disruptif.

Les données montrent que les programmes les plus utilisés dans l’IdO sont ceux qui rendent la vie plus facile, sur plein d’éléments très spécifiques et de façons plus agréables. Les sondés montrent également une grande préférence pour les services qui ne les obligent pas à sortir de leur routine dans le fonctionnement des choses. Les personnes qui utilisent l'IdO préfèrent très majoritairement les interfaces qui sont plus naturelles et moins visibles - et qui détournent moins l'attention - que des écrans. En d'autres termes, ils ne veulent pas pianoter des instructions sur une tablette, ni interagir avec un appareil, ou jouer avec les paramètres sur un smartphone pour obtenir ce qu'ils veulent. Au lieu de cela, ils apprécient et voient en ces technologies de véritables « services vivants », des auxiliaires qui anticipent leurs besoins et agissent directement sur ces derniers.
L’étude d’HBR a mis en évidence quatre types de services vivants sous-jacents à partir des données collectées. Voici ce qu’ils impliquent et ce qu’ils laissent entrevoir pour le futur de l’Internet de Objets :
Une technonologie qui étend la sécurité. Il existe littéralement des douzaines et des douzaines de solutions d’IdO dans ce domaine. Par exemple, un système appelé Presence permet de convertir de vieux iPhones ou des smartphones Android pour en faire un réseau domestique de caméras de sécurité. Presence utilise un logiciel qui relie les anciens smartphones et leurs caméras avec votre nouveau smartphone ou votre ordinateur actuel, de sorte que vous pouvez vérifier les différentes pièces de votre maison à distance. D'autres sociétés sont en train de développer des solutions plus complètes. Par exemple, Microsoft et SmartLabs ont mis au point un kit qui permet aux personnes de contrôler à distance des détecteurs de mouvement et des caméras de surveillance à la maison en utilisant le protocole Internet. Fondamentalement, ces utilisateurs peuvent surveiller leurs maisons depuis n’importe quels lieux, ils peuvent voir qui entre dans la maison quand ils ne sont pas là (souvenez-vous de l’article sur un certain Jamie Siminoff et Richard Branson qui fait des bonds en découvrant son innovation), ou encore veiller sur un enfant malade ou un parent âgé.
Les géants du high-tech, Google avec Nest et l’HomeKit d'Apple, travaillent également sur des technologies qui aident les gens à contrôler leurs systèmes de sécurité maison en utilisant des services qu'ils fournissent déjà.
Des applications de quantified self (auto-mesure ou mesure de soi). Les gens sont intéressés par les données qui racontent une histoire sur eux-mêmes. Nous voulons savoir comment nous nous comparons à d'autres en termes d'intelligence émotionnelle, d’indice de masse corporelle, etc. Vous pouvez choisir à peu près n'importe quel élément dans l'auto-mesure et les gens voudront connaitre leurs chiffres - pour ne pas dire leurs scores. Il n’est donc pas surprenant que l'auto-quantification soit l’une des apps de l’IdO le plus avidement téléchargée. Suivre nos habitudes de sommeil et nos niveaux d'activité quotidiens et regarder ces analyses sur des tableaux de bord clairs qui traduisent de façon simple ces données, est juste un exemple de la façon dont nous nous autoévaluons. Les appareils qui permettent cela, principalement des bracelets avec des capteurs et des logiciels embarqués, sont parmi les produits de consommation high-tech qui ont pris un envol des plus rapide.
Des services qui optimisent nos appareils. Les services liés à l’IdO font automatiquement ce que les personnes auraient dû autrement faire manuellement. Un des programmes qui connait le plus grand engouement, celui qui permet d'allumer les lumières intérieures lorsque le soleil décline, est un bon exemple de comment les appareils intelligents connectés peuvent être optimisés pour faire économiser du temps et de l'argent. Il existe de nouveaux dispositifs qui peuvent régler automatiquement les climatiseurs, les chauffages, et d'autres appareils électriques, en fonction du moment où les gens sont le plus susceptibles d'en avoir besoin. Les investissements qui ont lieu ces temps-ci pour rajouter des capteurs et d’autres technologies Internet aux appareils électroménagers par des sociétés établies telles que General Electric et Whirlpool, ou des startups comme Chai Energy, suggèrent que cette offre croissante conduira à une plus forte demande. Une nouvelle ère s’ouvre. Un monde où nous serions prêts à laisser les appareils suivre et analyser nos comportements afin qu'ils puissent en apprendre davantage sur nos préférences afin de prévoir nos besoins.
Des solutions créatives pour améliorer les expériences quotidiennes. Peu de personnes ont les moyens de dépenser des milliers de dollars pour installer des batteries de capteurs et une technologie intégrée et personnalisée dans leurs maisons - comme c’est le cas chez Bill Gates, avec des écrans géants qui affichent des œuvres d’art connues et des photos lorsque les invités déambulent autour de sa maison près de Seattle. Mais, à mesure que l’IdO gagne du terrain et devient plus omniprésent, de nombreuses nouvelles expériences seront disponibles dans la maison de tout un chacun, à des prix moins exorbitants. Cela pourrait se traduire par des plateformes IdO qui relient les appareils intelligents et les capteurs pour agrémenter nos moments quotidiens, en exploitant des aspects sensoriels de notre environnement, comme les visuels, les sons et les températures. Un des dispositifs les plus populaires et les plus simples identifié par l’étude relie Weather Channel (une chaine météo) au système d'éclairage Phillips Hue, dans lequel les lumières connectées à Internet virent au bleu dans les chambres spécifiées s’il commence à pleuvoir. Avec ces services pour la vie de tous les jours, ces éléments sont connectés et interagissent en utilisant la technologie des capteurs. On peut penser à beaucoup d'autres usages différents pour ce type de techno qui entendent améliorer l’expérience utilisateur. Par exemple, un écrivain qui veut se concentrer avec de la musique classique et un éclairage spécifique n’aura pas besoin d’obtenir ces changements de façon manuelle ; les différents appareils interconnectés dans son salon peuvent automatiquement activer ces paramètres. Cette personnalisation via ces expériences technologiques rendra nos maisons encore plus originales et nos intérieurs encore plus distinctifs.
Les applications centrées sur l'humain - celles qui sont si populaires dans l’échantillon des primo-utilisateurs de l’IdO étudié - portent généralement sur les activités de la maison. Mais la tendance va s’étendre et sortir du domicile pour aller vers des services personnalisés qui prennent place à côté de nous et apprennent de nos comportements partout. Les personnes au travail, de la même façon que les gens chez eux, vont vouloir que le phénomène se déploie en tous lieux. Alors peut-être que la meilleure analogie vis-à-vis de cet IdO et de ses « services vivants » est de se dire que nous regardons l’avenir à travers un judas. Ce que nous voyons est juste un aperçu des services numériques qui seront de plus en plus amenés à vivre avec nous, que ce soit à la maison, au travail, et partout dans le futur.