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 Le carnet d’ordre et la concurrence pure et parfaite

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Les avantages des marchés concurrentiels

Si les marchés sont parfaitement concurrentiels, les prix qui s'y établissent possèdent des propriétés tout à fait remarquables et sont la source de nombreux avantages économiques ; la répartition de la production entre les entreprises est optimale et la distribution des quantités disponibles de chaque marchandise entre les consommateurs est la meilleure qui soit, compte tenu de la disposition à payer de chacun d'eux ; la combinaison des ressources (travail, capital, ressources naturelles) est la meilleure puisque chaque marchandise est produite aux conditions de coût les plus basses, avec les technologies les plus efficaces ; les capitaux avancés sont tous rémunérés au même taux moyen, chaque marchandise est donc mise à la disposition des consommateurs au prix le plus bas possible, c'est le règne du consommateur-roi.  

Les cinq critères normatifs de la concurrence pure et parfaite

Pour parvenir à une situation d'équilibre général des marchés, il faut que la concurrence parfaite règne sur chacun et qu'ils soient parfaitement concurrentiels ; si un tel marché est, par sa nature même, une représentation idéale, les échangistes s'y comportent comme si, on peut néanmoins tenter de déterminer l'organisation qui devrait être celle des marchés concrets pour que le comportement des échangistes puisse se conformer à cet idéal ; on distingue habituellement quatre ou cinq caractéristiques, dites conditions de la concurrence pure et parfaite.

Le marché libéral et les marchés financiers ont été pensés dans le cadre de la concurrence pure et parfaite ; c’est un modèle théorique qui a un caractère normatif et qui s'applique au marché ; pour les néoclassiques c'est un idéal à atteindre, un étalon de référence.

Formalisée par Walras, elle repose sur cinq critères : atomicité du marché ; transparence du marché ; homogénéité du produit ; fluidité du marché ; mobilité des facteurs de production.

 

L’atomicité du marché 

- Définition théorique

Si, tels des atomes, les producteurs comme les consommateurs sont nombreux et de petite taille par rapport à la dimension du marché, si toute coalition leur est interdite, chacun agira indépendamment des autres et conformément à l'idéal concurrentiel : aucun acheteur ne sera suffisamment important pour obtenir des conditions privilégiées ; aucun vendeur ne pourra affecter le prix du marché en modifiant son offre ; les groupements d'intérêt qui pèsent sur les transactions, tels que syndicats, associations de consommateurs, cartels ou ententes tacites entre producteurs, seront évidemment exclus.

- Précisions concernant le carnet d’ordres

Du côté de la demande il existe un grand nombre d’intervenants acheteurs et/ou alternativement vendeurs sur le marché pour le produit échangé, ici, des titres de valeur mobilière ; les agents économiques institutionnels et particuliers sont très nombreux, en théorie illimités ; leurs capacités de financement accroît la liquidité du marché, en particulier sur les grosses capitalisations du SRD ; les spéculateurs de court terme institutionnels (hedge funds) ou particuliers (tape readers intraday et swing traders overnight, boursicoteurs actifs etc.), permettent de renforcer la liquidité du marché par l’importance et la fréquence de rotations de leurs positions (allers et retours) et le turn over sur titres de leur portefeuille, liquidité qui profite, au bout du compte, à tous les intervenants.

Le développement d’Internet haut débit et des sites de Bourse en ligne en temps réel, incluant des plate-formes de passation d’ordres et des outils techniques et graphiques de professionnels (prorealtime etc.), permettent d’accroître encore l’afflux et l’encours des liquidités sur l’ensemble des compartiments du marché, car désormais les particuliers disposent d’une véritable salle de marché à domicile, quasiment à parité ou faisant jeu égal avec les investisseurs institutionnels.

Du côté de l’offre les produits disponibles que sont les actions, ou plus globalement les titres des valeurs mobilières, le sont en quantité quasiment infinie/illimitée, en particulier sur les grosses valeurs (capitalisation de milliards de titres) ; les demandeurs de capital, émetteurs de titres de valeurs mobilières (les entreprises de type société anonyme) sont nombreux et en situation de concurrence réelle ; les introduction en Bourse et les nouvelles émissions de titres négociables (recapitalisation, augmentation de capital, etc.) permettent d’augmenter l’offre de titres, tant au niveau qualitatif (nouvelles sociétés cotées du compartiment C), que quantitatif (nombre total de titres composant la capitalisation d’une société anonyme).

 

La transparence du marché 

- Définition théorique

A défaut de commissaire priseur pour centraliser et publier l'information, il faut, pour que la rationalité des agents puisse s'exercer, supposer que les acheteurs sont parfaitement informés sur les prix pratiqués par les différents vendeurs, mais aussi que les entreprises connaissent le prix auquel elles peuvent écouler leur production, sinon le prix de marché pourrait ne pas être unique.  

- Précisions concernant le carnet d’ordres

L’information sur les produits échangés, ici les titres des valeurs cotées, est libre d’accès et gratuite sur des sites d’information boursière généraliste de type boursorama.com en France : cours de l’action, nombre de titres échangés, informations fondamentales relatives à la société (annonces comptables, niveau d’activité, endettement, perspectives, etc.) ; cette information est publique et quasi instantanée : les infos boursières circulent librement sans entrave sur le marché, elles sont fiables et non manipulées, elles ne font pas l’objet d’une rétention par les diffuseurs ou les professionnels (pouvoir de marché) ; les informations et délits d’initiés sont, en théorie, impossibles et entraînent des sanctions exemplaires et dissuasives ; en théorie, tous les agents économiques professionnels et particuliers intervenants sur le marché ont accès en temps réel, et en même temps, à la totalité de l’information macroéconomique, microéconomique et géopolitique pertinente.

Dans le cadre du carnet d’ordres, l’information est instantanée sur les quantités échangées et à quel prix (fourchette d’achat/vente) ; ces données sont fiables et disponibles immédiatement pour tous les intervenants ; ce sont les mêmes données pour les professionnels et les particuliers.

 

L’homogénéité du produit 

- Définition théorique

Il ne doit pas y avoir de différence de qualité, réelle ou imaginaire, entre les produits présents sur le marché; aucun acheteur ne doit avoir de raison pour préférer le produit d'un vendeur à celui d'un autre, une marque à une autre, sinon, il faudrait admettre que le prix n'est plus le seul signal auquel réagissent les échangistes.  

- Précisions concernant le carnet d’ordres

Les produits proposés sont identiques et substituables entre eux, car rien n’est plus identique à une action qu’une autre action de la même S.A. ; l’achat/vente d’actions se fait à partir d’un stock disponible pour la transaction, affiché au carnet d’ordres aux meilleures limites (la fourchette du spread), puis à l’ensemble du carnet (pour les particuliers, aux cinq derniers prix d’achat à droite et prix de vente à gauche).

Si les actions d’un même titre coté sont totalement interchangeables (une action Alcatel équivaut totalement à une autre action Alcatel à un instant t de la même séance de Bourse, aux meilleures limites acheteuses ou vendeuses), certains titres différents, appartenant au même secteur d’activité, sont également plus ou moins substituables : l’action d’une valeur telecom comme un opérateur national historique (France Telecom en France par exemple), peut être valablement échangée avec celle d’un concurrent (Deutsch Telekom ; British Telecom ; Telecom Italia ; Telefonica etc.), tant la branche d’activité et les résultats d’activité sont corrélés entre eux : les actions d’une même société anonyme sont substituables, comme le sont celles de deux sociétés différentes, produisant dans le même secteur ou la même branche d’activité.

 

La libre entrée et libre sortie du marché 

- Définition théorique

Dans le scénario du commissaire-priseur walrasien, on a implicitement supposé que les marchandises sont déjà produites lorsque les échangistes se présentent sur le marché (cas de l'échange pur) ; lorsqu'on traite du cas plus général de l'équilibre simultané de tous les marchés (échange avec production), il faut admettre que les entreprises choisiront de produire telle marchandise ou telle autre en fonction des perspectives de profit : il faut donc, en bonne logique, poser comme principe, que l'entrée et la sortie du marché sont totalement libres, en particulier de coûts irrécupérables élevés ou de barrières juridiques et réglementaires insoutenables.

- Précisions concernant le carnet d’ordres

Le marché n’est pas fermé d’accès ou de sortie par des barrières infranchissables : les agents économiques demandeurs/émetteurs de capitaux ou offreurs/épargnants de capital (en théorie tous les agents économiques intervenants librement sur le marché), peuvent y accéder sans interdiction et sans limitation : absence de réglementations exclusives et tatillonnes, de coûts irrécupérables exorbitants, de droits d’entrée ou de sortie dissuasifs, de taille minimale en terme de capital émis ou investi, etc.

Pour les demandeurs de capitaux, émetteurs de titres de valeurs mobilières (actions ou autres produits), c’est à dire toutes les entreprises ayant la forme juridique de la société anonyme (les agents économiques ont structurellement besoin de financements pour financer leurs investissements), les contraintes d’accès doivent être minimales et le financement direct par le marché, aisé.

Pour l’ensemble des agents économiques demandeurs de produits mobiliers comme supports de leurs placements (actions, obligations, etc.), offreurs de capitaux en vue de se constituer une épargne sur le long terme (agents structurellement à capacité de financement : les ménages), l’accès au marché de la Bourse des valeurs est facilité : ticket d’entrée/sortie modéré par l’absence de capital minimum à investir, de coûts de transaction exorbitants ; possibilité d’y faire des opérations libres sur tous les produits financiers en ouvrant un compte chez un courtier de son choix ; conditions techniques d’intervention sur le marché, proches de celles d’un professionnel, etc.

[Ces conditions peuvent être en grande partie réalisées par la démocratisation de la Bourse en ligne depuis la fin des années 1990.]

Libre circulation des facteurs de production (travail et capital)

- Définition théorique

Les agents et les biens doivent pouvoir librement circuler ; dans l'absolu, la concurrence parfaite suppose que n'importe quel acheteur ne soit pas gêné par la distance géographique, les frais de transport, les habitudes commerciales, etc., pour entrer en contact avec n'importe quelle vendeur ; par ailleurs, le processus concurrentiel suppose que les entreprises puissent continuellement déplacer les facteurs de production d'un produit pour pouvoir s'adapter aux variations de la demande ; encore une fois, si on fait une application au marché du travail, cela supposerait que les employeurs puissent déplacer d'une activité à une autre n'importe quel volume d'heures de travail ou de salariés et cela de manière quasi instantanée ; la main d'œuvre et les capitaux se dirigent spontanément vers les marchés où la demande est forte (par rapport à l'offre) et il n'y a pas de délai ni de coût dans leur reconversion.

 

Précisions concernant le carnet d’ordres

Les capitaux doivent pouvoir circuler librement, sans entraves : d’une valeur à une autre (de France Telecom à Deutsche Telecom), d’un marché à un autre (du compartiment A au compartiment C), d’une place boursière à l’autre (d’Euronext Paris au NYSE), etc. ; cette mobilité du capital est, au moins en théorie, une cause de la hausse de la volatilité sur les titres, sur les marchés et sur les places boursières internationales ; elle est également facteur de risques systémiques plus élevés par effet de contagion, entraînant des logiques mimétiques cumulatives macroéconomiques (effet domino).

L’autre facteur de production que constitue le travail (la délocalisation des unités de production dans le cadre de la mondialisation et des transferts d’activité internationaux), doit être libre de circuler dans l’espace économique et boursier concurrentiel, interconnecté : les salariés des sociétés anonymes cotées, ainsi que ceux des principaux centres financiers occidentaux (Manhattan à New York, la City à Londres, Paris ou Francfort etc.) peuvent faire l’objet de mobilité géographique dans le cadre de délocalisations internationales dont les motifs peuvent être très variés (réduction de coûts, mouvements naturels de concentration horizontale ou d’intégration verticale, pénétration de nouveaux marchés, élargissement de zone d’intégration économique, etc.).

Ces réallocations favorisent la dynamique des marchés économiques et financiers en termes de coûts relatifs comparés  et d’efficacité globale ; ils sont la résultante logique du jeu de la concurrence internationale dans le cadre d’une économie libre-échangiste, partiellement dérèglementée et dérégulée : le rapprochement entre le NYSE et Euronext en 2006, est à mettre sur le compte de cette logique intégrative de concentration horizontale et verticale des activités financières mondiales.

Vincent Baron

Extrait de l'ouvrage :

http://www.edouardvalys.com/livre-vincentbaron.jsp

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