Voici un texte du gestionnaire François Rochon, président de la firme Giverny Capital, démontrant la mécanique d’une crise comme celle que nous vivons. Ce n’est pas le style de ce blogue de reprendre des textes mais je crois que celui-ci en vaut vraiment la peine :
Charlie Munger, le partenaire de Warren Buffett, a dit cette phrase que je crois être fondamentale: “Ces situations de crise, c’est toujours pareil. Elles sont différentes bien sûr mais au fin fonds, c’est toujours la même chose”.
Si on étudie l’histoire avec les journaux et magazines de l’époque, c’est frappant comment c’est toujours une histoire similaire:
1) Dans les premières années du bull market, tout le monde est sceptique qu’on est vraiment sorti de la dernière crise.
2) Puis, les investisseurs commencent lentement à être plus optimistes.
3) Un segment de marché devient alors hyper populaire (en 1991, c’était les titres de santé, en 1999 les titres de techno, récemment les titres de ressources).
4) Les banques embarquent en grande nombre dans le bateau ne voulant certainement pas laisser des parts de ces lucratifs marchés à ses compétiteurs. L’argent rentre dans les fonds performants des dernières années ce qui propulse encore plus les secteurs à la mode.
5) Puis un jour, la réalité l’emporte. Les évaluations reviennent sur Terre.
6) Et arrive un point où la baisse devient incompréhensible pour bien des boursicoteurs (qui en général n’ont aucune idée de ce qui se passe). Les titres baissent simplement parce qu’ils ont baissé dans les semaines passées. Les sorties de capitaux des fonds communs engendrent d’autres baisses…
7) Ceux qui ont participé à l’euphorie sont pénalisés. Et il y a quelques catastrophes (à la BearStearns) qui font les manchettes quotidiennement. À chaque crise, son histoire.
8) Personne ne peut prédire où va arrêter la baisse. Mais cela n’empêche pas les devins d’y aller de leurs prédictions apocalyptiques. La baisse finit toujours inévitablement par arrêter.
9) Et tout d’un coup, la Bourse rebondit rapidement à la surprise générale. Mais c’est trop tôt encore pour investir aux yeux de plusieurs…
La séquence et la durée de ces comportements maniaco-dépressifs sont imprévisibles. Pourquoi tant de gens tentent de rationaliser l’irrationnel et prédire l’imprévisible me dépasse.
Mais peu importe. Pour nous qui avons adopté une approche valeur, nous aimons ces comportements. Si on achète un titre à $20 en croyant qu’il vaudra $40 dans cinq ans, est-ce si grave que le titre chute à $15 à court terme? On peut acheter d’autres actions mais si nos capitaux sont limités, alors ne reste qu’une chose à faire.
Être indifférent et trouver un réconfort psychologique dans le fait de savoir que si la performance intrinsèque de notre placement est bonne, éventuellement le titre le reflétera en Bourse. Comme elle l’a toujours fait.
Alors pourquoi chercher de midi à quatorze heures? La clé c’est d’acquérir de belles entreprises au meilleur prix possible. Et ensuite, vient la plus difficile des fonctions de l’homme d’affaire: simplement attendre de récolter les fruits !
Philippe RANCOURT
Article original :
http://www.entrepreneurboursier.com/2008/07/20/la-mecanique-dune-crise/